Environ 80% du gaz butane consommé au Gabon est importé. Dans le même temps, 80% du gaz découvert dans le pays est brûlé par le torchage. Depuis plusieurs années, l’Etat tente de mettre fin à cette pratique mais sans suite. La récente décision du gouvernement va-t-elle enfin entraîner un virage stratégique dans ce secteur ?
« Aujourd’hui quand les opérateurs qui explorent le Gabon trouvent de l’huile…ils sont contents, mais quand ils trouvent du gaz, ils prennent cela comme un risque. Aujourd’hui, le gaz torché est brûlé ». Cette affirmation, formulée en 2021 par un expert gabonais en dit long sur une pratique qui perdure depuis des décennies au Gabon. Et pourtant, comme le pétrole et les autres secteurs stratégiques, le gaz naturel peut constituer une source de revenu. Selon les estimations officielles, les réserves gazières du Gabon seraient évaluées à plus de 100 milliards de mètre cubes.
Depuis 2021, sous l’effet du Plan d’accélération de la transformation (PAT) et des enjeux énergétiques affichés du Gabon, nombreuses sont les compagnies pétrolière qui ont annoncé un virage stratégique vers la transformation de cette ressource. Perenco, la première avait annoncé un projet d’éclairage de la ville de Port-Gentil au gaz naturel d’ici la fin 2021. Environ 40% du gaz du réseau commercial serait alimenté à partir du gaz de torchère. Soit, l’équivalent de l’alimentation de l’ensemble de l’agglomération de Port-Gentil.
Depuis ces annonces, presque qu’aucun basculement stratégique n’a eu lieu, affectant les projets annoncés autour du mix-énergétique. Curieusement, la production nationale de gaz naturel national équivaut à 0,1 milliard de mètres cubes. Celle-ci pourrait dépasser les 28,3 milliards de mètres cubes si les investissements sont réalisés. Et pour cause, à la différence du pétrole qui est directement exporté une fois extrait, le gaz fait partie des produits de consommation courante. Environ 4/4 ménages en consomment.
Développer cette branche permettrait non seulement de couvrir la demande locale en gaz, de rompre ainsi avec la pratique d’importation d’un produit disponible mais surtout, de faire de cette ressource un levier stratégique à part entière de soutenabilité de l’économie nationale.
D’un point de vue écologique, environ 90% de la production de gaz est actuellement réinjectée dans le sous-sol ou brûlée faute de débouchés. Non sans vouloir systématiquement revenir sur les conséquences de cette pratique, valoriser cette ressource permettrait de lutter contre la pollution de l’atmosphère dont la pratique du torchage affecte directement les écosystèmes.
Michael Moukouangui Moukala






