Malgré les efforts consentis pour la protection des forêts, la prise en compte des peuples des forêts et communautés locales (PFCL) dans les stratégies de développement écologique et la mobilisation des financements, les pressions dans le bassin du Congo ne cessent de s’accentuer. A Libreville, depuis hier, mercredi 28 octobre 2026 à l’occasion de la 3e conférence des organisations de la société civile du bassin du Congo, les acteurs de la conservation de la sous-région, autour de Greenpeace Africa et Brainforest, veulent faire avancer la mise en œuvre des engagements de Kinshasa de 2025.
Axée sur le thème « Un bassin du Congo résilient : forêts, populations, finances et nature », la rencontre de Libreville intervient dans un contexte international marqué par la mobilisation des parties prenantes autour de la CDB COP 17 qui se tient actuellement à Erevan et de la COP 31 sur le climat qui se tiendra du 9 au 20 novembre prochain. Fort de l’importance des forêts du bassin du Congo, les décideurs politiques, les organisations de la société civile (OSCs), les experts de la conservation et de la finance verte, et les peuples des forêts et communautés locales ne veulent pas être spectatrices de la marche de ces deux grands évènements majeurs pour plusieurs raisons.
Plus grand puits net de carbone encore actif sous les tropiques, les forêts du bassin du Congo ont perdu en 2024, 780 000 hectares de forêts primaires, soit 0,44% de la superficie contre 0,38% en 2023. L’agriculture itinérante sur brûlis, les incendies, le charbon de bois et les industries extractives liées à l’exploitation illégale sont les principaux moteurs de cette perte. Ces pressions permettent ici de poser un constat assez flagrant : le recul incontestable des forêts du bassin du Congo.
Pour Maurice Ntossui Allogo, ministre des Eaux et forêts du Gabon, ces pressions ont un impact direct sur les équilibres écologiques et les populations. « Le bassin du Congo constitue un patrimoine naturel majeur pour nos pays et pour l’équilibre écologique mondial. Ses forêts nous protègent, nous nourrissent, et nous soignent : elles abritent une biodiversité exceptionnelle, contribuent à la régulation du climat (…). Et pourtant, elles subissent des pressions croissantes (…). Les conséquences sont directes et dramatiques pour nos écosystèmes comme pour nos populations », a-t-il fait savoir.
La raréfaction des financements nécessaires à la conservation et la marginalisation des « gardiens des forêts » participent à accentuer ces conséquences. Fait majeur, entre 2011 et 2020, moins de 1% de l’aide publique au développement climatique a soutenu les droits fonciers et la gestion des PFCL dans les pays tropicaux. Parallèlement, d’une COP à l’autre, les annonces se multiplient mais sans jamais impacter durablement les populations rurales et la cause de la préservation des forêts. C’est le constat que pose Martial Djinang, le Secrétaire exécutif de Brainforest. Pour lui, si le thème de la rencontre de Libreville est révélateur et nous rappelle que nous ne pouvons pas préserver durablement nos forêts sans reconnaître les droits des populations, il nous invite également à nous interroger sur l’accès aux financements climatiques de la biodiversité. En effet, s’interroge-t-il, « alors que les ressources importantes sont annoncées à l’échelle internationale, comment faire en sorte qu’elles bénéficient aux communautés locales et aux organisations qui œuvrent au quotidien à la protection de ces écosystèmes ? ».
Cette position est en lien direct avec les préoccupations formulées par Jeanne Biloa et Etienne Dourani Toko, respectivement représentants des peuples autochtones et communautés locales de deux pays de la sous-région. Dans les neuf exigences qu’elle a formulé à l’endroit des décideurs politiques, Jeanne Biloa est revenue sur trois dimensions essentielles : « la reconnaissance formelle et la protection garantie des droits des peuples autochtones », « la promotion d’une gouvernance transparente » et « l’ouverture d’accès direct au financement » pour ces populations. Ce qu’approuve Etienne Dourani Toko qui estime que « la protection active des forêts doit nécessairement passer par l’implication active des communautés locales et les peuples autochtones ».
La troisième conférence des organisations de la société civile de Libreville ouvre une perspective de compréhension du niveau d’engagement et d’avancement de la gouvernance forestière et de son impact sur la gestion durable des forêts dans le bassin du Congo. L’expérience du Gabon, du Cameroun et de la République démocratique du Congo (RDC) lors du panel 1 sur la « Gouvernance forestière et gestion durables des ressources » a été un tremplin pour mieux apprécier le niveau d’engagement de chaque pays sur les mécanismes de gestion durable des forêts.
Si avec le Dr Oulie Keita, nous devons unanimement reconnaître que « la résilience de notre région repose sur des fondements indissociables », des efforts restent à fournir sur des questions telles que celles liées à la reconnaissance des droits, du savoir et du leadership des peuples autochtones et des communautés locales. Cela est d’autant plus nécessaire de faire évoluer ces questions, car la gestion des forêts à travers le monde implique une gestion participative.
Michael Moukouangui Moukala






