Le Gabon, via l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (Agadev), a annoncé hier, mardi 3 novembre 2026, avoir signé à Londres en Angleterre, des accords de cession de crédits carbones souverains avec SEFE, une société internationale d’énergie de droits allemand.
Au total, 6 millions de tonnes de CO2 éligibles au mécanisme CORSIA ont été libérés par le Gabon. Selon le communiqué de presse de l’Agadev, cet accord porte sur les crédits de type ART-TREES entendez par là (Architecture for REDD+ Transactions – The REDD+ Environmental Excellence Standard). Il s’agit en effet d’unités de compensation carbone de haute intégrité qui certifient les réductions et les absorptions d’émissions de gaz à effet de serre obtenues grâce à la protection et à la restauration des forêts.
Depuis plus de deux décennies, le Gabon fait de la conservation de la faune et de la flore son cheval de bataille. En 2002, sous l’impulsion de feu Omar Bongo Ondimba, le pays a consigné 11% de son territoire pour la conservation. Un an avant, le Gabon s’est doté de son Code forestier qui réglemente notamment la gestion de la flore via l’exploitation durable des essences naturelles. En 2007, il crée l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) dont le rôle a été fondamental dans la politique de conservation de la faune et de la flore du pays. Depuis, de nombreuses initiatives destinées à accentuer la politique nationale de préservation de l’environnement se sont accentuées.
Pour Scyrielle P. Sende Etali, administrateur directeur général de l’Agadev, « ces accords confirment que les forêts du Gabon ne sont plus seulement un actif environnemental de classe mondiale. Elles sont une valeur financière que les marchés découvrent et que les acteurs majeurs reconnaissent ».
Avec ces accords, explique la direction générale de l’Agadev dans un communiqué, le Gabon devient l’un des rares pays au monde, et le premier pays d’Afrique, à commercialiser des crédits carbone issus de la préservation de sa forêt et éligibles CORSIA. En effet, en s’associant avec SEFE, le Gabon entend démontrer que ses crédits carbone répondent aux attentes des marchés les plus avancés et pose les bases des futures transactions.
SEFE est une entreprise de droit allemand spécialisée dans l’énergie. Elle propose des solutions énergétiques en garantissant un approvisionnement fiable et abordable. Ses activités couvrent en effet l’ensemble de la chaîne de valeur de l’énergie, de l’origination et du trading à la vente, au transport et au stockage.
Si l’entreprise détient bien une activité de trading global qui lui permet d’intervenir activement sur les marchés du carbone et de l’énergie, son portefeuille client reste à la lecture, déconnecté de l’univers de l’aviation. Or, les crédits carbone fixé dans ce deal entre l’Etat gabonais et SEFE concernent le mécanisme CORSIA qui lui-même concerne exclusivement le domaine de l’aviation international. Dans la liste des 134 pays éligibles à ce mécanisme à compter du 1er janvier 2027, figure le Gabon. Cette présence peut être, elle-même, due à l’instauration en novembre 2025, de la contribution de souveraineté carbone (CSC), cette taxe environnementale imputable aux secteurs aérien et maritime.
Peut-être, faut-il dissiper toutes craintes, puisque selon Nathan Dixon, Vice-président en charge des produits environnementaux à SEFE, « cet accord s’inscrit dans notre engagement à accompagner nos clients dans la réduction de leurs émissions de carbone, avec des actifs soumis à une vérification indépendante ».
Mais ce n’est pas la première fois que le Gabon se lance dans l’aventure de la commercialisation de ses crédits carbone. En octobre 2022, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) avait officialisé la certification de 187 millions de crédits carbone issus des mécanismes REDD+ au titre de la période 2010–2018. Ce qui avait donné au Gabon, des espoirs financiers mais sans lendemain en dépit des promesses annoncées. Quatre ans après, l’aventure se réitère. Faut-il y croire ? Oui, la « transaction est crédible », répond un expert de l’Environnement contacté par La Lettre Verte qui explique que ce deal n’est que l’aboutissement d’un processus de longue date qui n’est pas né aujourd’hui. « Dans la continuité du travail effectué il y a quelques années, l’AGADEV a trouvé un acheteur », explique-t-il. Reste donc à savoir combien coûte l’unité de crédit et comment l’argent engrangé servira les communautés dont la contribution à la préservation de la forêt gabonaise n’est plus à démontrer.
Michael Moukouangui Moukala






