Pendant trois jours, du 25 au 27 novembre, Libreville a été le théâtre d’un rendez-vous scientifique majeur : le Colloque international du programme RESSAC. Chercheurs, décideurs publics, partenaires techniques et institutions régionales ont rappelé l’importance stratégique de la recherche appliquée pour orienter les politiques forestières et renforcer la résilience des paysages d’Afrique centrale face aux pressions climatiques et humaines.
Les travaux se sont articulés autour de multiples sessions thématiques couvrant l’ensemble des enjeux socio-écologiques qui traversent les forêts d’Afrique centrale : politiques publiques, institutions et gouvernance forestière ; problématique foncière, conflits homme-faune et chasse communautaire ; inclusion sociale, savoirs autochtones et équité environnementale etc.
L’un des temps forts du colloque a été l’intervention de Peter Minang, Directeur Afrique de CIFOR-ICRAF, qui a rappelé l’ampleur du déficit de visibilité scientifique du bassin du Congo. Selon une étude de 2023 citée par le chercheur, le bassin du Congo ne comptabilise qu’environ 2 000 publications scientifiques sur le climat et la biodiversité, contre plus de 10 700 pour l’Amazonie. Une asymétrie qui pèse lourdement sur l’accès aux financements. « On hésite à investir là où on ne sait pas où va l’argent », a-t-il déclaré. « Pour attirer les investissements, il nous faut publier, partager ce que nous savons déjà, et dialoguer davantage avec les ministères chargés du plan et des finances » a-t-il martelé aux scientifiques.
Cette fracture informationnelle explique aussi pourquoi, entre 2008 et 2012, sur les 20 milliards USD dédiés aux trois grands bassins forestiers, le bassin du Congo n’a capté que 16 %, loin derrière l’Amazonie (47 %) et l’Asie du Sud-Est (37 %).
Le Gabon mise sur une “génération verte”
Le colloque a également été marqué par l’intervention du ministre de l’Enseignement supérieur, le Docteur Simplice Désiré Mamboula, qui a rappelé la vision nationale en matière de transition écologique et de développement fondée sur le capital naturel. Rappelant les propos du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema lors de la visite d’État du président français, Emmanuel Macron au Gabon, le ministre a insisté sur la nécessité d’une approche économique de la conservation :
« La préservation de l’environnement doit être bâtie sur une logique économique, source de valeur pour ceux qui protègent ce capital naturel », a-t-il fait savoir. Pour y parvenir, a-t-il affirmé, le pays mise sur un vaste programme de formation visant à doter le Gabon, d’ici cinq ans, de centaines d’experts en économie verte, droit de l’environnement, développement durable et sciences environnementales. Selon lui, l’Afrique centrale ne pourra relever ses défis forestiers qu’en renforçant massivement ses capacités scientifiques, en améliorant la qualité de la recherche appliquée et en connectant davantage universités, centres de recherche, secteur privé et pouvoirs publics.
Un moment décisif pour les forêts d’Afrique centrale
À l’heure où les pressions sur les écosystèmes s’intensifient et où les attentes des bailleurs de fonds évoluent, le colloque scientifique sur le programme RESSAC a rappelé l’urgence d’une coopération régionale plus efficace, d’une meilleure visibilité scientifique et d’une gouvernance renforcée. Dans un contexte mondial où la valeur des forêts tropicales se mesure désormais autant en tonnes de carbone qu’en données scientifiques disponibles, l’Afrique centrale joue une partie décisive, transformer son immense potentiel environnemental en levier de développement durable.
Michael Mengoue M.






