Pour une meilleure gouvernance dans la gestion des forêts gabonaises, les acteurs de la société civile s’accordent sur les mécanismes de surveillance, avec en ligne de mire, l’observatoire indépendant.
Riche d’un couvert forestier estimé à 87%, le Gabon est un champion mondial de la séquestration de carbone. A lui tout seul, il absorbe environ 100 à 140 millions de tonnes de CO2 par an. Le pays est un puits de carbone net, qui stocke bien plus qu’il n’émet. Fort de ces données, ce pays d’Afrique centrale vise la neutralité carbone au-delà de 2050. C’est une exception mondiale.
Depuis, plusieurs années, de nombreux observateurs s’interrogent sur les capacités du pays à tenir le pari de la gestion durable, lui a qui revient le rôle de leader Africain de la conservation depuis 2002 avec la création d’un réseau de 13 parcs nationaux couvrant 11% de son territoire et dont la législation en matière de forêts bois, serait considérée comme laxiste au regard de l’aggravation du phénomène de criminalité environnementale qui menace gravement la biodiversité, la sécurité et l’économie, avec le trafic d’ivoire, l’exploitation forestière /minière illégale, le braconnage et le trafique d’espèces animalières partiellement et ou intégralement protégées.
La révision du Code forestier, en cours (début de 2026), vise à moderniser la gestion durable des forêts, à renforcer la transformation locale du bois et améliorer la contribution du secteur au Produit Intérieur Brut (PIB). Cette réforme inclut une meilleure structuration juridique, une meilleure réglementation des forêts communautaires et une traçabilité accrue.
L’engagement de la société civil au service de la conservation
La constitution de la République Gabonaise, la loi 16/01 portant code forestier en République gabonaise et la loi n0 07/2014 relative à la protection de l’environnement reconnaissent aux citoyens et aux Organisations de la Société Civile (OSC) le droit de défendre l’environnement en tant que bien commun. Fort de cela, en Juillet 2022, une dizaine d’organisations de la société civile membre de la plateforme Gabon Ma Terre Mon Droit (GMTMD) impliquées dans les questions de foresterie, environnement et droit des communautés. Décident de murir la réflexion. Elle sera le résultat d’une approche participative dont la mise en œuvre se fera avec de nouveaux partenaires dont ; l’Agence Gabonaise d’Etude et d’Observations Spatiales (AGEOS), l’Agence d’Exécution des Activités de la Filière Forêts-Bois (AEAFFB), le Ministère des Mines, la Direction Générale des Forêts, l’ONG internationale Forest Stewardship Council (FSC), le Bureau d’étude Global Forest Environnement Consulting (GFEC), pour ne citer que ceux-là.
A la faveur d’un atelier organisé par Brainforest, dans la capitale gabonaise, du 18 au 20 juillet 2022, avec l’appui technique de Field Legality Advisory Group (FLAG), les OSC et leurs partenaires valideront l’idée de la mise en place d’une une stratégie d’Observatoire Indépendant OI. Pour les participants à ce conclave, la stratégie cadre mieux avec les besoins spécifiques des organisations qui font l’OI et qui peuvent garantir la robustesse de cette approche au Gabon.

L’observatoire indépendant portée depuis plusieurs années par l’ONG Brainforest, a généré des résultats positifs qui confortent le renforcement de la lutte contre l’exploitation illégale, une meilleure protection des droits des communautés locales, et qui appui la gouvernance forestière par la surveillance de terrain.
D’après un rapport de Brainforest, plusieurs éléments créditent l’efficacité de cette stratégie à savoir :
- L’Amélioration de la surveillance : Augmentation de la capacité de la société civile et des communautés locales à collecter des données cartographiques (GPS) et à identifier les infractions forestières.
- La Protection des droits locaux : Défense des droits des communautés et sécurisation de leurs espaces traditionnels, limitant la surexploitation.
- Le Renforcement de la gouvernance : Production de rapports indépendants qui servent d’appui à l’administration forestière, favorisant la transparence dans le cadre du processus FLEGT.
- La Sensibilisation et la communication : Mise en place d’une stratégie de communication active (réseaux sociaux, publications, infographies) pour informer sur la gestion forestière et les enjeux de la filière bois.
- Le Dynamisme des OSC : La part des Organisations de la Société Civile (OSC) publiant régulièrement des analyses de suivi environnemental a progressé, renforçant leur légitimité et leur impact.
- La Gestion durable : Contribution au processus de certification nationale et au respect des normes d’exploitation.

Afin de vulgariser cette stratégie, un guide simplifié a été édité par Brainforest.
Pour trouver sa légitimité, l’observatoire indépendant s’appuie sur le droit reconnu à chaque citoyens ou groupe de citoyens de s’auto impliquer dans la protection de l’environnement et la préservation des ressources naturelles en tant que biens communs.
La stratégie de la société civile sur l’observation indépendante soutien que deux articles, de la loi n°007/2014, relative à la protection de l’environnement en République Gabonaise, servent de base pour la pratique des activités d’observation indépendante par les communautés et les OSC en République Gabonaise. Il s’agit de l’article 7, alinéas 4 et 5 qui dispose que : « Toute personne a droit à un environnement sain et propice à son développement. La protection, la défense de l’environnement et la promotion de la qualité de la vie sont un devoir pour tous et pour l’État ».
L’article 13 de la même loi dispose que : « Les associations de protection de l’environnement participent à la mission d’intérêt général de protection de l’environnement, du cadre de vie et de la santé […] ». S’appuyant sur cette disposition qui invite ainsi toute personne à protéger et à préserver l’environnement, les communautés locales et les OSC peuvent mener plusieurs activités allant dans ce sens y compris l’OI.
L’intégration formelle de cette stratégie dans le code forestier en cours d’examen au parlement devrait consacrer les protiques de l’OI comme instrument légale et faisant partie intégrante de la législation gabonaise en matière de forêts dans le contrôle et la lutte contre la criminalité environnementale.
Aricle cop-produit par Léa Bifane, Benjamin Evine Binet et Arnaud Engozogho






