Au Gabon, l’abandon de bois et les dysfonctionnements liés aux cahiers de charges contractuels (CCC) concentrent à eux seuls, 50% des constats liés à la mauvaise gouvernance forestière. Ce constat, effectué par l’ONG Brainforest dans le cadre du projet « Soutenir la surveillance indépendante des forêts via l’Open Timber Portal », financé par l’Agence norvégienne de coopération au développement (Norad) et appuyé techniquement par le World Resources Institute (WRI), dévoile une réalité qui met à nu, les carences de la gouvernance forestière au Gabon.
Ce constat découle de onze (11) missions de terrain réalisées par Brainforest dans le cadre de l’Observation indépendante et environnement (OIE) entre juillet 2022 et mai 2025 dans des localités de Remboué, Fougamou, Issala et Tchibanga. Les résultats de ces observations traduisent, selon Olivier Meye Obiang, Juriste, expert en Observation Indépendante et auteur de l’étude, des « faiblesses systémiques dans la chaîne de valeur forestière gabonaise ».
« Loin d’être des manquements isolés, ces infractions mettent en évidence des insuffisances dans le contrôle de l’exploitation forestière, l’application du cadre réglementaire et la redistribution des bénéfices au profit des communautés riveraines, compromettant ainsi la durabilité économique et sociale du secteur », fustige l’auteur. Ce constat posé par l’auteur de l’étude met en évidence les carences d’un modèle de gouvernance qui, par endroit, échappe au contrôle aussi bien de l’administration des Eaux et Forêts que des communautés constituant un manque à gagner pour les deux parties.
Les sept plaies de la gouvernance forestière au Gabon
A la suite du constat posé par le juriste, sept plaies écologiques émergent pour comprendre le contexte de dualité dans lequel s’opère la gouvernance forestière au Gabon. Ces sept plaies énumérées personnellement par Olivier Meye Obiang sont : (1)la faiblesse du contrôle post-exploitation et du suivi des obligations légales, (2)la logique d’exploitation sélective orientée vers la rentabilité immédiate, (3)la défaillance des mécanismes de gouvernance contractuelle avec les communautés, (4)la privation des communautés des retombées socioéconomiques de l’exploitation forestière, (5)la fragilisation de la cohésion sociale et augmentation des tensions locales, (6)le manque à gagner fiscal et affaiblissement des mécanismes de redistribution publique et (7)l’érosion de la crédibilité du cadre réglementaire forestier.

D’une manière ou d’une autre, ces réalités impactent considérablement le développement local et constituent un manque à gagner pour l’Etat. Par exemple, note l’auteur s’agissant du manque à gagner fiscal et l’affaiblissement des mécanismes de redistribution publique, « l’abandon de bois entraîne un manque à gagner fiscal significatif pour l’État gabonais et les collectivités locales, estimé à plus de 48 millions FCFA sur la période analysée. Cette perte de recettes réduit les capacités de financement des politiques publiques et affaiblit les mécanismes de redistribution économique et sociale associés au secteur forestier ».
Élargir le cadre de l’Observation indépendante
En soi, la valeur statistique de 50% liée à l’abandon de bois et dysfonctionnements des cahiers de charges contractuels (CCC) est un indicateur non négligeable qui met en exergue les contraintes liées à la gestion durable des ressources forestières et les retombées de ces ressources pour les communautés locales. Seulement, 11 missions réalisées et quatre localités ciblées par le projet suffisent-elles pour considérer l’étendue du problème ?
S’il est nationalement admis que ces deux problèmes sont connus au Gabon, une étude plus élargie au reste du pays mérite d’être réalisée. En cela, le travail réalisé par Brainforest constitue une ligne de départ pour mieux comprendre cette problématique. Et pour cause, avec une estimation évaluée à 200 milliards de francs CFA, les résultats pourraient dépasser les espérances. Cela constituerait par ailleurs, une planche de salut pour le renforcement des principes de bonne gouvernance dans le secteur.
Michael Moukouangui Moukala





