À peine installé à la tête de la mairie de Libreville, Eugène Mba a lancé l’opération « Libérez les trottoirs », une campagne, selon la mairie, destinée à mettre fin aux occupations anarchiques du domaine public, à retirer les épaves de véhicules et à améliorer la salubrité de la capitale. Une initiative saluée sur le principe, mais qui rappelle surtout un scénario devenu familier chez de nombreux maires.
Depuis plusieurs mandatures à l’hôtel de ville de Libreville, chaque nouveau maire semble faire de cette opération l’un des premiers actes marquants de son mandat. Les trottoirs sont dégagés, les commerces informels démantelés et les espaces publics momentanément libérés. Pourtant, quelques mois plus tard, les mêmes installations réapparaissent presque systématiquement.
Cette répétition soulève une question : pourquoi continuer à privilégier une méthode qui, jusqu’à présent, n’a jamais produit de résultats durables ?
Le principal obstacle est connu. Les opérations de déguerpissement s’attaquent aux conséquences, sans résoudre les causes. Faute de marchés accessibles, d’espaces commerciaux adaptés ou de solutions d’accompagnement, de nombreux commerçants contraints de quitter les trottoirs finissent par y revenir. Dans ces conditions, la campagne ressemble davantage à un jeu de chat et à la souris qu’à une véritable politique d’assainissement urbain.
Cette situation nourrit le scepticisme d’une partie de l’opinion. Sur les réseaux sociaux, les critiquent ne sont d’ailleurs pas tendre envers les autorités. J. F. Le Qatari a notamment regretté que le maire présente cette campagne comme s’inscrivant dans la vision du chef de l’État, s’interrogeant sur la vision propre de la municipalité pour Libreville. Marie Blanche, de son côté, estime que « c’est toujours la même procédure, sans effets » et invite les autorités à s’interroger sur les raisons des échecs des campagnes précédentes avant d’en lancer une nouvelle.
Au-delà de ces réactions, le débat porte aussi sur les priorités de la mairie. Libreville est confrontée à d’autres urgences, souvent beaucoup plus importantes : l’insalubrité persistante dans plusieurs quartiers, les difficultés de collecte des déchets, la dégradation des voiries, les inondations, manque d’espaces verts et des projets municipaux fédérateurs pour ne citer que cela. Beaucoup estiment que ces défis méritent également des réponses fortes et durables.
Les opérations de déguerpissement restent nécessaires pour faire respecter l’ordre public. Mais sans une véritable stratégie de régulation du secteur informel et des solutions concrètes pour les opérateurs économiques concernés, elles risquent de produire, une fois encore, le même résultat : des trottoirs libérés aujourd’hui… puis de nouveau occupés demain.
Wilfried Mba N






