Le protocole d’accord pour le développement de la chaîne de valeur du manganèse sera plus bénéfique pour la France que pour le Gabon. Chaque année, si l’on s’en tient au scénario de la feuille de route industrielle de transformation de 700 kilo tonnes (700 000 tonnes) par an de minerai de manganèse, à peine 9,33% de tonne seront transformés localement comparativement à la production annuelle de la Comilog, filiale du groupe français Eramet estimée à plus de 7 millions de tonnes l’année.
Si les signaux d’une impossibilité de la partie française de respecter la volonté du Gabon, pour ce qui concerne la transformation locale du manganèse, étaient prévisibles, le protocole d’accord pour le développement de la chaîne de valeur du manganèse signé ce lundi 20 juillet 2026 en France entre les deux parties vient de le confirmer. A peine 700 kt seront transformés localement par an, soit, à peine 9,33% de la production locale annuelle de la Comilog évaluée à 7,5 millions de tonnes. Concrètement, cela signifie qu’environ 90% seront toujours rapatriés en France pour continuer à être transformés.
D’ailleurs, cette projection est sous-condition de plusieurs facteurs. Dans son déroulé, l’accord prévoit l’étude approfondie de trois scénarios industriels… (1)La construction à Libreville, d’une usine de production d’oxyde de manganèse, métal stratégique pour les batteries et les aciers hauts performance d’une capacité de 10kt d’oxyde de manganèse. En cas de succès de cette usine et de débouchés commerciaux confirmés, prévoit le premier scénario, de nouvelles unités de production, d’une capacité unitaire de 50 kt par an pourraient être envisagées, avec le soutien de partenaires investisseurs.
Ensuite, (2)la réfection et le lancement d’un plan d’amélioration du Complexe Métallurgique de Moanda (CMM). Le protocole d’accord prévoit l’étude de la réfection du site et la mise en œuvre d’un plan d’amélioration afin d’assurer sa rentabilité. Le redémarrage des installations rénovées pourrait intervenir d’ici fin 2029.
Enfin, (3) la construction d’une nouvelle usine de production d’alliages de manganèse, destinée au marché de l’acier est prévue. Celle-ci serait localisée à proximité de la côte. D’une capacité de 265 kt d’alliages de manganèse par an, le démarrage de cette nouvelle usine, annonce le protocole d’accord, pourrait intervenir en 2031.
Ces annonces s’inscrivent visiblement dans le jeu du Gabon qui, faute de poids dans les négociations, va se contenter de « solutions industrielles rentables » plutôt que d’un véritable changement de paradigme industriel fondé sur la maîtrise de ses ressources naturelles stratégiques.
Au-delà des investissements nécessaires pour faire aboutir la volonté affichée par Brice Clotaire Oligui Nguema de domestiquer la transformation du manganèse, la France a compris que ce sont plus les ambitions de créations d’emplois qui priment dans les intentions de la partie gabonaise, alors, elle lui a servi cela sous une forme sémantique digne d’une entourloupe. Et pour cause, le protocole d’accord, quoique fragilisé par les disponibilités financières, n’entrevoit pas les choses sur le long terme. Sa trajectoire se limite sur le moyen-terme, sans ambition de répondre, de façon absolue, à l’ambition affichée par le Gabon.
Ce flou laisse entrevoir la possibilité de pérennisation du système de prédation de richesses naturelles souvent critiqué à la France. Pour de nombreux analystes, le contraire aurait cependant étonné. Entre la perte de position sur les ressources stratégiques dans les pays du Sahel et les tensions économiques que cela a occasionné, la France ne veut pas aussi perdre le Gabon.
Michael Moukouangui Moukala





