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Sindara : quand une entreprise forestière décide qui traverse le fleuve

20 août 2026
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Sindara : quand une entreprise forestière décide qui traverse le fleuve
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Ce matin, à Sindara, une scène aussi révélatrice qu’inquiétante s’est jouée sur les rives du fleuve. La société d’aménagement et d’exploitation des forêts (SAF) a fait traverser en priorité deux grumiers et un camion de livraison de boissons sur le bac local. Rien d’anormal en soi, si ce n’est ce qui a suivi : les véhicules d’une mission officielle, comprenant un véhicule du ministère des Eaux et Forêts et un autre d’une ONG, se sont vu signifier qu’ils devaient patienter, alors même que le bac effectuait la traversée totalement vide. Une entreprise privée dictant ainsi sa loi à une délégation ministérielle sur une voie de passage censée runeester publique : l’image dit à elle seule beaucoup de l’état des rapports de force à Sindara.

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Un fleuve devenu terrain privé

Cette anecdote, aussi frustrante soit-elle pour ceux qui l’ont vécue, n’est que le symptôme d’un problème bien plus large. Car si SAF peut se permettre d’imposer ses priorités de circulation, c’est précisément parce que l’État a déserté le terrain. À Sindara, deux barges sont actuellement hors service : l’une relevant directement de l’État, l’autre de l’ANPN. Résultat, les populations locales n’ont plus d’autre choix que de compter sur les moyens de la société forestière pour franchir un cours d’eau qui, faut-il le rappeler, ne dépasse pas 150 à 200 mètres de large.

Le paradoxe d’une traversée dérisoire

C’est bien là que le malaise s’installe. Il ne s’agit pas d’un franchissement complexe nécessitant une infrastructure lourde, mais d’une distance à peine plus longue qu’un terrain de football. Que les autorités gabonaises n’aient pas su maintenir en état de fonctionnement deux barges pour une traversée aussi modeste interroge directement la gestion des équipements publics dans cette localité. Ce n’est pas un problème technique insurmontable ; c’est un problème de suivi, d’entretien et de priorité budgétaire.

Le laxisme comme porte ouverte aux intérêts privés

En laissant ce vide s’installer, l’État a de facto transféré à une entreprise forestière un pouvoir qui ne devrait jamais lui revenir : celui de décider qui passe et qui attend sur une voie publique. Cette dépendance crée un rapport de subordination symbolique et concret entre les populations, les représentants de l’État eux-mêmes, et une société privée dont l’activité économique ( l’exploitation forestière) devrait au contraire être surveillée de près par les pouvoirs publics, et non l’inverse.

Une situation qui appelle une réponse rapide

Que des agents du ministère des Eaux et Forêts en mission officielle se retrouvent à attendre le bon vouloir d’une société qu’ils sont censés contrôler illustre un renversement des rôles difficilement acceptable. La remise en service des deux barges de Sindara ne devrait pas relever de l’exploit administratif, mais d’une évidence pour des autorités soucieuses de restaurer leur autorité sur le terrain et de libérer les populations locales de leur dépendance à l’égard d’un opérateur privé pour un besoin aussi élémentaire que la traversée d’un fleuve.

Michaël Green 

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