Le Gabon compte désormais officiellement 3 518 621 habitants. Homologués le 27 août 2026 par la Cour constitutionnelle, les résultats du Recensement général de la population et des logements (RGPL) livrent une nouvelle photographie démographique du pays. Derrière ce chiffre se dessine surtout un défi : accueillir, nourrir et équiper cette population tout en préservant les ressources naturelles et les écosystèmes.
Le Gabon change d’échelle démographique. En treize ans, sa population est passée de 1,8 millions d’habitants en 2013 à 3,5 millions aujourd’hui. Mais au-delà du nombre, c’est son rapport au territoire et aux ressources naturelles qui interpelle.
Avec 2,1 millions d’habitants, l’Estuaire concentre à lui seul environ 62 % de la population nationale. Suivent le Haut-Ogooué avec 297 100 habitants, l’Ogooué-Maritime avec 292 652 et le Woleu-Ntem avec 242 029. À l’autre extrémité, la Nyanga compte 68 215 habitants.
Pour de nombreux experts avec qui notre rédaction à discuter du sujet, des politiques d’aménagement du territoire rigoureuses sont nécessaires pour gérer, prévenir et mieux encadrer l’occupation du territoire par cette population et l’accès aux ressources naturelles. Lors d’une sortie, Louis Pierrette Mvono, ministre de la Planification et Prospective reconnaissait à demi-mot cette position. Selon elle, « les données du RGPL doivent désormais nous permettre de mieux planifier, mieux cibler et mieux investir ».
Les défis sont donc bien réels, puisque chaque nouvel habitant représente des besoins supplémentaires en logements, routes, eau, énergie, alimentation et services publics. Cette croissance exerce nécessairement une pression sur l’espace. Cela dit, l’extension des villes et des zones d’habitation peut entraîner l’artificialisation des sols, la disparition d’espaces naturels, l’occupation de zones humides et la fragmentation des habitats.
Dans ce contexte, pour rejoindre la Ministre, la planification territoriale devient un enjeu environnemental à part entière. Il s’agit d’accompagner l’urbanisation sans transformer chaque besoin d’espace en nouvelle pression sur les milieux naturels. S’agissant de cette question, Louise Pierrette Mvono est formelle : « ces résultats constituent (…) un outil majeur pour faire progresser la décentralisation et le développement territorial. Ils offrent un socle objectif pour mieux appréhender les besoins des territoires, orienter l’action publique et accompagner la mise en œuvre du Plan national de croissance et de développement (PNCD)… »
L’agriculture, l’élevage et la pêche devront, tout aussi, s’insérer dans cette dynamique pour répondre aux besoins du moment, tout en préservant les sols, l’eau, les forêts et les ressources halieutiques. Cette évolution peut aussi constituer une opportunité pour renforcer la production locale et la souveraineté alimentaire. Mais elle suppose de privilégier des modèles capables de produire davantage sans multiplier la dégradation des écosystèmes. Le défi pour le Gabon sera donc de juguler trois objectifs : maintenir sa position de leader en matière de préservation de la nature, aménager son territoire et accélérer le développement des pôles stratégique tels que l’agriculture.
Logements, infrastructures, agriculture et activités économiques nécessitent des espaces. Leur développement doit donc être pensé en tenant compte de la nécessité de préserver les forêts et les autres écosystèmes essentiels. L’enjeu sera de mieux organiser les usages du territoire afin de limiter les conflits entre espaces urbains, agricoles, forestiers et zones de conservation. Le nouveau recensement constitue donc bien plus qu’un exercice statistique. Il offre une nouvelle base pour penser l’aménagement du territoire et les politiques publiques.
Le défi environnemental des prochaines années ne sera pas de choisir entre développement et préservation. Il sera plutôt de construire un modèle capable de répondre aux besoins de 3,5 millions de Gabonais sans épuiser les ressources dont dépend leur avenir.
Wilfried Mba N






