Dans le prolongement de la Conférence internationale sur l’Iboga et l’Ibogaïne récemment tenue à Libreville, le ministère des Eaux et Forêts, de l’Environnement et du Climat a conduit une délégation américaine sur le terrain, au cœur d’une plantation d’Iboga située à Bikélé. Cette visite, menée par le ministre Maurice Ntossui Allogo, a mis en lumière un projet agricole emblématique porté par Paul Biyoghe Mba, illustrant concrètement les ambitions gabonaises en matière de valorisation durable de cette plante endémique à forte portée culturelle, spirituelle et économique. Elle s’inscrit dans une volonté affirmée de passer du discours institutionnel à des initiatives opérationnelles, en lien direct avec les conclusions de la conférence.
D’une superficie quelques hectares, la plantation visitée se distingue par une organisation méthodique et respectueuse des usages traditionnels. Le premier hectare est consacré à l’Iboga Mebang, une variété centrale dans plusieurs rites initiatiques gabonais tels que l’Ombouiri, le Bwiti, le Bilombo ou encore le Dissumba. Le second hectare est réservé à l’Iboga Mevoe, reconnue pour son amertume prononcée et principalement utilisée lors des veillées rituelles. D’autres variétés, à l’instar de l’Iboga Titsaye, y sont également intégrées. Cette structuration variétale traduit une maîtrise approfondie des savoirs endogènes, intégrés à une démarche agricole expérimentale pensée pour être reproductible et évolutive.
Cette immersion sur le terrain a permis aux partenaires internationaux de dépasser le cadre théorique des échanges tenus à Libreville. Elle a offert une lecture concrète des réalités liées à la culture de l’Iboga, depuis les contraintes agronomiques jusqu’aux enjeux fonciers, en passant par les impératifs de conservation d’une ressource longtemps surexploitée et aujourd’hui fragilisée. À travers cette visite, l’Iboga est apparu non seulement comme une plante sacrée, mais aussi comme un levier stratégique de développement, à condition que son exploitation repose sur des bases éthiques, durables et juridiquement encadrées.
Pour Paul Biyoghe Mba, ce projet constitue l’aboutissement d’un engagement de long terme visant à donner davantage de consistance et de valeur ajoutée à la culture de l’Iboga. Conçue comme une plantation pilote, l’initiative ambitionne, à terme, une extension significative au-delà des trois hectares initiaux, si les résultats agronomiques s’avèrent concluants. Mais l’enjeu dépasse la seule production agricole : il s’agit de contribuer à la structuration d’une filière nationale de l’Iboga, incluant la transformation et la commercialisation, dans le strict respect des cadres réglementaires gabonais et des engagements internationaux, notamment le Protocole de Nagoya relatif au partage équitable des avantages issus des ressources génétiques.
Cette approche s’inscrit par ailleurs dans une dynamique plus large de valorisation des produits forestiers non ligneux, perçus comme des alternatives crédibles à une exploitation forestière classique. Des initiatives portées ou soutenues par Paul Biyoghe Mba s’inscrivent ainsi dans une logique de diversification économique fondée sur des ressources locales à forte valeur culturelle, médicinale et commerciale, tout en préservant les droits des communautés détentrices des savoirs traditionnels.
De son côté, le ministère des Eaux et Forêts a réaffirmé, à travers cette démarche, sa volonté de bâtir un cadre de coopération équilibré avec des partenaires internationaux, garantissant une exploitation équitable et souveraine de l’Iboga. La visite de Bikélé s’inscrit ainsi dans une stratégie nationale visant à faire de cette plante un modèle de gouvernance intégrée, conciliant préservation de la biodiversité, valorisation économique et reconnaissance des pratiques culturelles.
Au-delà de sa portée symbolique, la plantation de Bikélé illustre un changement de paradigme : celui d’un Iboga désormais cultivé, protégé et valorisé localement, au service du développement national. En ce sens, l’initiative portée par Paul Biyoghe Mba apparaît comme une référence, voire un laboratoire, pour penser l’avenir de cette ressource unique dont le Gabon demeure le berceau incontesté.
Wilfried Nguema M.






