Une étude axée sur « l’Évaluation de la plantation d’enrichissement d’espèces d’arbres locales dans les forêts de production d’Afrique centrale », parue le 8 janvier 2025, et menée dans le cadre d’une thèse au TERRA Research Centre et à l’Université de Liège, par Ilunga-Mulala Mushagalusa et Crispin, propose des pistes de solutions écologiques pour une meilleure capitalisation des terres forestières à l’issue des permis d’exploitation.
Fondée sur une approche de gestion durable des ressources forestières, cette recherche met en évidence l’intérêt de développer des approches sylvicoles pragmatiques, reposant sur la régénération assistée ou artificielle, afin de garantir la durabilité à long terme de l’exploitation du bois. Une réflexion innovante qui interroge à la fois le choix des essences à planter après la phase d’exploitation des concessions forestières et la valorisation des terres post-exploitation, afin d’éviter leur conversion vers des usages plus lucratifs mais souvent plus destructeurs.
L’objectif de la démarche est clair : identifier les pratiques sylvicoles les plus efficaces pour assurer la régénération des essences exploitées dans les concessions forestières d’Afrique centrale. « Plus précisément, précisent les auteurs, l’étude vise à déterminer les facteurs influençant la survie et la croissance d’essences locales de grande valeur plantées dans les clairières créées par l’exploitation forestière, telles que les trouées de coupe, les anciens parcs à grumes et les zones dégradées le long des routes ».
Afin d’évaluer la faisabilité de cette approche, la recherche a été conduite dans deux concessions forestières du sud-est du Cameroun, où des opérations de plantation d’enrichissement avaient été menées il y a 19 ans. Si le terrain d’étude se limite au Cameroun, les auteurs soulignent toutefois l’absence de réelle rupture entre ces résultats et les modèles de gestion des concessions forestières observés dans les autres pays de la sous-région. Les cadres de gouvernance forestière y présentent de nombreuses similitudes, ce qui rend les recommandations largement transposables à l’échelle régionale.
Du Cameroun à la Guinée équatoriale, en passant par le Congo, les performances de plusieurs essences ont ainsi été analysées. Il en ressort que la survie des arbres dépend de multiples facteurs, notamment de l’âge de la plantation, la mortalité étant la plus élevée au cours des sept premières années. La croissance, quant à elle, varie selon la méthode de plantation et l’espèce concernée. Selon les auteurs, elle est maximale dans les plantations établies sur des zones dégradées et déboisées, en particulier pour les espèces pionnières et non pionnières exigeantes en lumière.
Parmi les essences étudiées, Terminalia superba, une essence de bois d’œuvre majeure de la famille des Combretaceae, pouvant atteindre 50 mètres de hauteur, apparaît comme un candidat de choix pour les pratiques sylvicoles dans les anciennes concessions forestières. Avec un taux de survie compris entre 59 et 80%, cette espèce montre une forte capacité d’adaptation à son milieu. Elle n’est cependant pas la seule à se distinguer. Detarium macrocarpum Harms, Erythrophleum suaveolens (Guill. & Perr.) Brenan, Baillonella toxisperma Pierre, Prioria oxyphylla (Harms) Breteler, Lovoa trichilioides Harms, Pterocarpus soyauxii Taub et Piptadeniastrum africanum (Hook.f.) affichent également des taux d’adaptation et de survie jugés satisfaisants.
Au regard de ces résultats, les auteurs recommandent d’enrichir les trouées d’exploitation forestière avec Terminalia superba et, sous réserve d’un entretien régulier, d’y associer également B. toxisperma, E. suaveolens et D. macrocarpum. « Il est recommandé d’enrichir les forêts de production de bois d’œuvre d’Afrique centrale avec des espèces locales. Les zones totalement ouvertes, y compris les sites déboisés hors concessions forestières, pourraient être restaurées avec des espèces difficiles à implanter dans les forêts dégradées », soulignent-ils.
Les chercheurs appellent enfin à la conduite d’études complémentaires, notamment sur les facteurs génotypiques, phénotypiques et environnementaux, afin de mieux identifier les déterminants de performance des espèces les plus vulnérables. Ils préconisent également des analyses des bilans carbone et économiques, assorties de projections à long terme, pour une meilleure évaluation de la durabilité et de la rentabilité des plantations d’enrichissement.
Michael Moukouangui Moukala






