Depuis plusieurs semaines, des travaux d’aménagement sont engagés sur la plage située en face du Lycée Léon Mba pour contenir la montée des eaux vers la voie publique et sécuriser ce site très fréquenté par les habitants de la capitale.
Sur le chantier, engins et matériaux de protection s’activent le long du rivage, signe d’une intervention devenue nécessaire face à l’avancée progressive de la mer. Ce chantier vise principalement à protéger la chaussée contre l’érosion et les incursions répétées des eaux, qui menacent régulièrement la route et les installations riveraines.
Si l’opération contribue aussi à améliorer l’esthétique du front de mer, l’enjeu reste avant tout sécuritaire et environnemental : ralentir le grignotage du littoral et sécuriser l’infrastructure routière.
Cette situation illustre un phénomène plus large qui touche de nombreuses zones côtières du Gabon. Sous l’effet combiné des fortes houles, de l’érosion naturelle et de la montée du niveau de la mer liée aux changements climatiques, le trait de côte recule progressivement. Routes, commerces, espaces publics et habitations se retrouvent ainsi exposés à des risques accrus d’inondations et de dégradation des sols.
Dans un pays largement ouvert sur l’Atlantique, la protection du littoral ne peut se limiter à des interventions ponctuelles. Elle suppose un véritable plan d’adaptation intégrant études environnementales, ouvrages de défense adaptés, restauration des écosystèmes côtiers et meilleure gestion de l’occupation du rivage.
Cette réaction tardive illustre cependant la négligence du gouvernement face aux alertes répétées des scientifiques sur les impacts des changements climatiques illustrés par ici par l’érosion côtière et le recul du trait de côte. Entre 2003 et 2011, une stratégie nationale d’adaptation aux effets des changements climatiques avait débouché sur la réalisation de plusieurs exercices analytiques d’évaluation de la vulnérabilité des côtes gabonaises. Plusieurs années après, en 2020, un plan national d’adaptation (PNA) destiné à approfondir les connaissances autour de la vulnérabilité côtière du pays a été élaboré.
Les résultats de ces trois communications étaient et pourtant sans appels : ils montraient clairement qu’en dehors même des premiers effets du changement climatique, outre la forte urbanisation, le littoral gabonais était déjà l’objet de nombreuses pressions spécifiques inhérentes à l’exploitation intensive des ressources (pêche, ressources minières et mangroves) et des pollutions locales qui accentue sa vulnérabilité.
Selon un document de la direction des écosystèmes aquatiques intitulé « Elévation du niveau de la mer dans la zone côtière du Gabon », les conséquences attendues sur les régions littorales du Gabon suivant un scénario d’élévation du niveau de la mer de 110cm sont nombreuses sur différents plans (social, environnemental, économique, etc.) et portent principalement sur (1)les impacts sur les milieux physiques (géomorphologiques, géologiques, pédologiques, biogéographiques), (2)les impacts sur les infrastructures, (3)les Impacts sur la faune et la flore et enfin, (4)les impacts sur le linéaire côtier gabonais.
L’urgence d’agir face au phénomène de l’érosion côtière est une recommandation qui date de deux décennies, avec un ciblage des actions notamment pour sécuriser le littoral de Libreville ainsi que celui de Port-Gentil. Mais comme c’est souvent le cas au Gabon, le Gouvernement s’est concentré sur d’autres volets, ignorant le caractère urgent de ces recommandations.
La sécurisation de la plage du lycée Léon Mba est certes nécessaire, mais elle intervient alors que la problématique de l’érosion côtière s’est accentuée.
Michael Mengoue N.






