Arrivé à la tête du ministère de l’Environnement en janvier 2025, Mays Mouissi avait fait de la lutte contre les déchets plastiques, l’un des marqueurs de sa gouvernance. Interdiction des sachets plastiques, encadrement des bouteilles, modernisation de la gestion des déchets : les annonces se voulaient être en phase avec la nécessité de la lutte contre un fléau mondial. Malheureusement, moins d’un an après son départ du gouvernement, en novembre 2025, plusieurs de ces chantiers apparaissent inachevés, voire oubliés.
L’interdiction progressive des sacs plastiques à usage unique devait symboliser un tournant majeur pour le Gabon. Entrée en vigueur en septembre 2025, l’ordonnance n°0012/PR/2024 ratifiée par la Loi n° 009/2024 fixé le cap en encadrant aussi la fabrication et l’importation de bouteilles plastiques sans bouchon solidaire dès le 1er janvier 2026. Sur le papier, la mesure visait à réduire fortement leur usage dans l’espace public et à transformer les habitudes de consommation.
Dans les faits, la situation est plus contrastée. Dans le Grand-Libreville, les sacs et bouteilles plastiques restent omniprésents dans les marchés, commerces de proximité, quartiers et les circuits informels continuent d’en faire un usage massif, malgré les annonces officielles. L’interdiction, largement connue du public, peine à produire des effets visibles.
À cette difficulté, s’ajoute une faiblesse réglementaire. Le texte encadrant les sanctions applicables aux opérateurs économiques en cas de pollution plastique n’a pas été publié au Journal officiel. Une absence qui limite la portée juridique du dispositif et fragilise son application sur le terrain. Sans base pleinement opposable, les contrôles restent illégaux et les sanctions peu dissuasives.
Une chaîne de gestion des déchets encore fragile
Au-delà des interdictions, la réforme supposait une transformation plus profonde du système de gestion des déchets. La fermeture progressive de la décharge de Mindoubé et la mise en place d’infrastructures plus modernes devaient constituer une étape clé.
Mais la transition reste incomplète. Le tri des déchets demeure marginal, la filière de recyclage encore peu structurée, et les capacités de traitement insuffisantes face aux volumes produits. Dans ce contexte, une part importante des déchets plastiques continue d’échapper à toute valorisation.
Dans les quartiers périphériques comme dans certaines zones urbaines, les conséquences sont visibles : déchets abandonnés, brûlage à ciel ouvert et accumulation dans les caniveaux, avec des impacts directs sur l’environnement urbain et les risques d’inondation.
Une mobilisation citoyenne sans effet durable
Le ministère avait multiplié les initiatives de sensibilisation, notamment à travers des campagnes ponctuelles et des journées dédiées à la réduction des plastiques. L’objectif était d’ancrer un changement de comportement à l’échelle nationale.
Ces actions ont toutefois peiné à s’inscrire dans la durée. Faiblement relayées par les collectivités locales et sans mécanismes de suivi structurés, elles n’ont pas permis de créer une dynamique durable. La lutte contre les déchets plastiques est restée largement institutionnelle, avec une appropriation limitée par les populations.
Un chantier laissé en suspens
Au terme de son passage au ministère de l’Environnement, Mays Mouissi laisse un bilan contrasté. Son action a permis de replacer la question des déchets plastiques au cœur du débat public et de poser les bases d’un cadre réglementaire plus ambitieux.
Mais plusieurs réformes structurantes restent inachevées ou partiellement appliquées. En cause peut-être, la continuité des chantiers laissés par ce dernier. Une responsabilité que l’actuel ministre de des Eaux et Forêts et de l’Environnement n’a pas encore pleine intégré. Depuis l’affectation du portefeuille environnement, Maurice Ntossui Allogo ne semble pas avoir de l’empathie pour les questions de plastiques. Face à ce constat, la politique de lutte contre les déchets plastiques apparaît aujourd’hui comme un chantier interrompu.
Dans le Grand-Libreville, le constat reste visible au quotidien. Les déchets plastiques continuent de s’accumuler, rappelant que les politiques environnementales, aussi ambitieuses soient-elles, se jugent avant tout à leur mise en œuvre concrète.
Wilfried Mba N






