Dans la province de la Ngounié, plusieurs postes de contrôle relevant de l’administration des Eaux et Forêts offrent aujourd’hui une image préoccupante du service public en plein 21e siècle et dans la 5e République. À Sindara, Mbadi, PK3 ou encore Yombi, ces installations censées symboliser l’autorité de l’État sur le terrain ressemblent davantage à des cabanes abandonnées qu’à des infrastructures administratives fonctionnelles dignes de ce nom.
Constructions vétustes, en bois vieillissant, toitures dégradées, structures fragilisées par le temps et parfois envahies par les hautes herbes, l’état de ces postes de contrôle relevant de l’administration des Eaux et Forêts contraste fortement avec les ambitions affichées par les autorités en matière de modernisation de l’administration publique. Dans la province, ces installations donnent l’impression de bureaux officiels négligés et abandonnés, tant leur état paraît éloigné des standards minimums de sécurité, de confort et d’efficacité attendus pour des agents chargés d’assurer des missions stratégiques de contrôle forestier.
Garant du patrimoine naturel du pays, notamment celui de la forêt, l’administration des Eaux et Forêts dispose des moyens d’avoir des postes de contrôles digne de ce nom et ce, quel que soit l’endroit. En effet, à défaut de faire le choix de construction en briques industrielles parfois compliquées, elle peut faire usage du bois, un matériau qu’elle gère et qui est abondamment à sa disposition. Cette modernisation est nécessaire, sachant que les agents des Eaux et Forêts jouent un rôle crucial dans la surveillance des ressources naturelles, la lutte contre l’exploitation illégale du bois, le contrôle des flux forestiers et la protection de l’environnement. Cela dit, comment exiger un rendement optimal à des agents lorsque les conditions de travail elles-mêmes traduisent un abandon progressif des infrastructures administratives de proximité ?

Cette réalité apparaît d’autant plus frappante qu’une mission de constatation a récemment été lancée dans la province. Sur instruction du Directeur provincial des Eaux et Forêts de la Ngounié, le Colonel Louis Sosthène Ndong Obiang, une équipe a été dépêchée afin de dresser un état des lieux des différents postes de contrôle de l’administration dans la province, en vue d’un aménagement ou réaménagement des sites pour un rendement plus efficient.
Une initiative qui témoigne d’une prise de conscience de la situation. Toutefois, au regard de l’état avancé de dégradation observé sur plusieurs sites, la question qui se pose est celle de l’ambition réelle des futurs travaux. Car procéder à un simple “réaménagement” ne suffira probablement pas à répondre au problème de fond. Dans plusieurs cas, il ne s’agit plus seulement d’aménager, mais bien de reconstruire des infrastructures dignes d’une administration moderne.
Au-delà de l’image renvoyée aux populations et aux usagers de la route, ces postes constituent aussi des espaces de vie et de travail pour des agents de l’État souvent déployés dans des zones isolées. L’amélioration de leurs conditions de travail devrait donc être considérée non pas comme un luxe, mais comme une nécessité administrative et opérationnelle.
Dans un contexte où le Gabon affiche sa volonté de renforcer la gouvernance forestière et la protection de ses ressources naturelles, la modernisation des infrastructures de terrain apparaît comme un impératif. Car une administration forte ne se mesure pas uniquement à travers les discours ou les missions de contrôle, mais également à travers les conditions concrètes offertes à ceux qui incarnent l’État sur le terrain.
Wilfried Mba N.






