La création de la Société Agropastorale du Gabon (AGROPAG) et la dissolution de la Société d’Agriculture et d’Élevage du Gabon (SAEG) ont occupé les travaux de la Commission de la Planification hier, mercredi 20 mai 2026. Devant les députés, le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, a déroulé un argumentaire rodé : modernisation, industrialisation, souveraineté alimentaire. Un discours séduisant, mais que les réalités du secteur peinent à confirmer.
Une réforme structurelle sans bilan préalable
Avant de créer, il faudrait d’abord expliquer pourquoi l’existant a échoué. La SAEG disparaît sans qu’aucun audit public de son bilan n’ait été présenté aux parlementaires. Combien a-t-elle coûté à l’État ? Quelles filières a-t-elle structurées ? Pourquoi n’a-t-elle pas suffi à atteindre les objectifs qui lui ont été fixés lors de sa création ? Ces questions ont manqué à l’appel dans l’hémicycle, où l’exposé des motifs du Ministre a noyé les échanges.
La souveraineté alimentaire, un horizon toujours repoussé
Le Gabon importe encore entre 60 et 70 % de ses besoins alimentaires. Ce chiffre traverse les régimes, les réformes et les discours officiels sans bouger significativement. Que ce soit sous l’ère Bongo avec ses plans agricoles successifs ou depuis le changement de cap de 2023, la dépendance alimentaire reste structurelle. Une ordonnance ratifiée en commission de l’Assemblée nationale ne pèse pas lourd face à des décennies de sous-investissement rural, de foncier non sécurisé et d’absence de mécanismes de crédit agricole accessibles.
Des assurances sans mécanismes
Face aux préoccupations légitimes des députés sur la gouvernance et l’impact concret pour les agriculteurs, le Ministre a répondu par des formules : « levier de développement rural », « cadre moderne », « soutien durable ». Aucun calendrier opérationnel, aucun indicateur de performance, aucun dispositif d’évaluation indépendant n’apparaît à moins, qu’il soit consigné dans le document remis aux députés. AGROPAG naît avec une mission ambitieuse et des contours encore flous.
Une chambre qui valide plus qu’elle ne contrôle
Il faut rappeler que ces deux projets de loi ratifient des ordonnances, des textes déjà adoptés par l’exécutif. Le Parlement intervient après coup, dans un rôle de validation plutôt que de co-construction. La présidente de la Commission Chantal Myboto épouse Gondjout a, certes rappelé la responsabilité du Parlement sur les enjeux de sécurité alimentaire mais dans ce schéma, la marge de manœuvre des élus reste étroite face à une réforme déjà actée.
Michael Green






