À Makokou, les acteurs de la conservation et les communautés locales franchissent une nouvelle étape dans la gestion durable des ressources halieutiques autour du parc national de Minkébé. À travers la mise en place d’un dispositif de gestion concertée, les populations riveraines du parc national de Minkébé sont désormais associées à la préservation des écosystèmes aquatiques tout en bénéficiant d’un accès encadré aux zones de pêche.
La salle de réunion du Conseil départemental de l’Ivindo a accueilli, mercredi 22 juillet 2026, une rencontre consacrée à la validation du Contrat de Gestion de Terroir (CGT) de pêche, un mécanisme destiné à renforcer l’implication des communautés locales dans la gouvernance des ressources naturelles.
Organisée dans le cadre du projet « Amélioration de la Conservation Inclusive » (ICI-2), cette initiative vise à favoriser une conservation participative autour du parc national de Minkébé, en associant les populations riveraines aux décisions relatives à la gestion des ressources halieutiques.
Le dispositif concerne particulièrement les communautés du canton M’vadhy, dont le terroir de pêche se situe dans la partie sud-est du parc national de Minkébé. Après plusieurs rencontres de concertation entre les communautés, l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), la Direction provinciale des Pêches et de l’Aquaculture de l’Ogooué-Ivindo et le WWF, un cadre de collaboration a été défini afin d’encadrer l’accès aux zones de pêche tout en garantissant la durabilité des ressources.
Faire des communautés des partenaires de conservation
Pour l’ANPN, cette démarche marque une évolution dans la manière d’appréhender la conservation des aires protégées. Selon Gilles Das Gaël Obam Essono, directeur conservateur du parc national de Minkébé, ce processus est l’aboutissement de plusieurs mois de dialogue avec les populations locales.
« Nous sommes à l’aboutissement d’un long processus qui a abouti à la signature de cette convention de gestion concertée avec les populations locales du district de Wadi », explique-t-il.
Cette approche repose sur un principe : faire des communautés riveraines non plus de simples bénéficiaires ou usagers des ressources naturelles, mais des acteurs impliqués dans leur protection.
« On met la population locale au centre de la conservation, au centre de la gestion et au centre du développement durable », souligne le responsable du parc.
À travers ce modèle, les communautés sont appelées à jouer un rôle actif dans la surveillance et la gestion des ressources halieutiques, tout en bénéficiant d’un accompagnement pour améliorer leurs conditions de vie.
Un dialogue nécessaire autour des aires protégées
La mise en place de ce cadre de gestion répond également à un enjeu de compréhension entre les populations locales et les structures chargées de la conservation. L’arrivée des parcs nationaux a parfois été perçue par certaines communautés comme une restriction de leurs pratiques traditionnelles.
Pour Adam Martial, directeur provincial des Pêches et de l’Aquaculture de l’Ogooué-Ivindo, cette convention permet justement de clarifier le rôle des aires protégées.
« Les communautés ont pensé que les parcs venaient s’approprier leurs terroirs de pêche. Or, les parcs n’étaient là que pour la gestion durable des ressources halieutiques », explique-t-il.
Le responsable estime que cette collaboration permettra de promouvoir des pratiques de pêche responsables et de préserver les écosystèmes aquatiques situés autour du parc national de Minkébé.
Une gestion inclusive des ressources naturelles
Partenaire du projet ICI-2, le WWF accompagne cette transition vers une conservation davantage fondée sur la participation locale. Pour Léopoldine Bey, cette dynamique traduit le passage d’une gestion concertée à une véritable gestion inclusive.
« La communauté, par son savoir-faire, participe activement comme acteur à part entière de la gestion durable de l’écosystème », indique-t-elle.
Au-delà de la signature du document, les parties prenantes ont également travaillé sur le protocole d’engagement quadripartite réunissant le WWF, le parc national de Minkébé, la Direction provinciale des Pêches et de l’Aquaculture de l’Ogooué-Ivindo ainsi que les communautés de pêcheurs.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la législation gabonaise sur les parcs nationaux, qui prévoit la possibilité d’un accès réglementé des communautés riveraines à certaines zones de pêche situées en périphérie des aires protégées.
À travers ce nouveau modèle de gouvernance, le parc national de Minkébé ambitionne de trouver un équilibre entre la préservation de la biodiversité, la gestion durable des ressources halieutiques et le maintien des moyens de subsistance des populations locales.
Cette expérience pourrait ainsi contribuer à renforcer le modèle gabonais de conservation inclusive, en associant davantage les communautés locales à la protection des ressources naturelles.
Wilfried MBA N.






