Deux mois après l’atelier de co-définition du plan d’action national pour la transition énergétique au Gabon, organisé par l’ONG Brainforest, le Comité de plaidoyer a officiellement validé, courant de la semaine, la feuille de route sectorielle. Celle-ci s’articule autour de huit axes stratégiques.
Si, avec ses 92,7 %, le Gabon figure parmi les bons élèves en matière d’accès à l’électricité, nombreuses sont, en milieu rural, les localités qui dépendent encore de solutions traditionnelles pour avoir accès à cette précieuse source d’énergie. De façon globale, la politique énergétique du pays fait face à une crise structurelle profonde, marquée par des délestages parfois chroniques dans les grands centres urbains, dus notamment à un réseau vieillissant et à un déficit de l’offre.
Pour contourner ces difficultés, des solutions d’urgence ont, ces dernières années, été adoptées. Malheureusement, celles-ci ne couvrent pas tout le pays et ne sont pas pérennes. Concrètement, suivant les chiffres officiels des capacités disponibles et de la demande nationale, 335 MW manquent à l’appel. Ce qui impose des réformes pour le très long terme. Le Plan triennal 2025-2028 s’inscrit dans cette dynamique. Il sous-tend la feuille de route visant à moderniser les équipements, à renforcer les centrales existantes et à réduire drastiquement les coupures. Mais, en soi, est-il suffisant ? La réponse est non !
C’est dans une moindre mesure, à l’aune des limites de ce plan triennal que le Plan d’action pour la transition énergétique au Gabon, assorti de sa feuille de route, dont l’ONG Brainforest est porteuse pour le compte de l’État, arrive à point nommé. « Ce projet, qui a vu le jour en décembre dernier, a pour objectifs spécifiques de renforcer les capacités des acteurs clés énergétiques au Gabon, notamment les acteurs du secteur public et privé au centre même de la question, ainsi que les membres de la société civile et les communautés locales. Puis, il y a également eu des séances de partage d’expériences, à travers un voyage qui nous a emmenés au Sénégal pour voir ce qui se fait déjà là-bas et pour pouvoir l’adapter au contexte gabonais », explique Erika Oyane, responsable du projet à Brainforest.
Validée le 8 septembre 2026, lors d’un atelier de clôture dans un hôtel de la place, à la Sablière, la feuille de route de la transition énergétique au Gabon se décline en huit axes stratégiques, dont la finalité est de sortir le secteur de l’ornière. Entre autres axes : la gouvernance, le cadre juridique et réglementaire, le cadre permanent de concertation multi-acteurs, le développement massif des énergies renouvelables et des solutions énergétiques décentralisées, les investissements, le renforcement des capacités, la transition juste, les mécanismes de financement innovants, ainsi que le suivi-évaluation et la redevabilité.Pour Erika Oyane, « il est important que nous comprenions la nécessité aujourd’hui pour le Gabon de se positionner sur la question de transition énergétique ». Ce modèle permet de passer d’un système de production et de consommation d’énergie basé sur les énergies fossiles à un modèle durable fondé sur les énergies renouvelables. Cette mutation souhaitée intègre parfaitement la vision de la Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0), la stratégie nationale énergétique 2023-2030 et la Vision Gabon Émergent 2025-2040, qui font de la réduction des émissions de gaz à effet de serre une nécessité absolue. Or, cette trajectoire écologique souhaitée repose sur l’alignement sur la transition énergétique.
Pour Armand-Colyn Abessolo Nkwele, directeur central des statistiques et des études du ministère de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, l’un des points forts de cette feuille de route est, d’une part, qu’elle comble les insuffisances révélées par l’étude diagnostique de l’état de la politique énergétique au Gabon et devrait « assurer un accès assez équitable de l’électricité au niveau national ». De son côté, Stell Zeng, attaché au directeur technique électricité à la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), a salué l’organisation de cet atelier, dont la thématique intègre les préoccupations d’alignement interne à la société dans laquelle il travaille. En effet, a-t-il fait savoir, « la question de la transition énergétique est bien présente à la SEEG au travers des projets que nous participons à mettre sur pied, notamment avec la tutelle et avec un certain nombre de partenaires privés. C’est une question qui fait partie des axes de réflexion que nous avons en interne ».
Si les parties prenantes ont retenu à l’unanimité l’année 2036 pour la maturité de cette stratégie de développement sectorielle, le document adopté devra avant tout recevoir l’assentiment des plus hautes autorités pour son adoption définitive.
Michael Moukouangui Moukala






