Le Gabon a affiché, lors du dernier conseil des ministres, sa volonté d’interdire l’exportation de l’iboga et l’ensemble des dérivés issus de cette ressource. Cette décision qui coïncide avec la décision de Donald Trump, le président américain, de saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour faire barrage à la volonté du Gabon d’interdire l’importation de poulet de chair, n’est rien d’autre que l’arbre qui cache la forêt.
Le 30 mai 2025, lors d’un conseil des ministres, le Gabon avait pris la décision d’interdire, dès le 1er janvier 2027, l’importation sur son sol du poulet de chair, dont la consommation nationale s’élève à 55 000 à 75 000 tonnes par an, répondant ainsi à 90 % des besoins nationaux. Si depuis cette annonce, la machine est en marche pour faire aboutir ce projet, aucune opposition ne s’était exprimée à l’issue de la décision du gouvernement. Au niveau national, les investisseurs se relaient dans la droite ligne de cette volonté.
Parallèlement, en janvier 2026, dans la droite ligne de la valorisation de l’iboga, Libreville, sous l’impulsion de l’Agence gabonaise pour le développement de l’Économie verte (AGADEV) et du consortium américain Americans for Ibogaïne, a accueilli la conférence internationale sur l’iboga et l’ibogaïne. Présenté comme inédit, l’événement avait réuni chercheurs, autorités traditionnelles, décideurs publics, ONG et communautés locales et peuples autochtones. A la suite de cette rencontre, le consortium américain Americans for Ibogaïne a entrepris, notamment aux États-Unis, des démarches administratives et financières auprès des investisseurs pour lever des fonds pour la valorisation scientifique de l’iboga.
Mi-avril 2026, le président américain Donald Trump a signé un décret pour accélérer la recherche médicale et l’examen par la FDA sur l’ibogaïne pour faciliter le traitement du stress post-traumatique des vétérans américains. Le 22 mai 2026, à la suite du décret américain, le gouvernement gabonais prend un décret encadrant l’accès, l’utilisation, l’exploitation, la recherche, la transformation et la commercialisation de l’iboga, de ses dérivés et des savoirs traditionnels associés. Ce décret conditionne les activités autour de l’iboga par la délivrance d’une autorisation du ministère chargé de la Culture. Puis, vint la décision du gouvernement d’interdire l’exportation de l’iboga et l’ensemble des dérivés issus de cette ressource. Cette décision de son côté intervient alors que Filament Health a annoncé, le 10 septembre 2026, préparer un programme de stabilité pour IBEX011, son candidat-médicament expérimental à base d’ibogaïne d’origine naturelle.
En 2023, l’entreprise avait fait importer vers Metro Vancouver, au Canada, des racines de Tabernanthe iboga. L’opération, apprend-on, avait été réalisée dans le cadre du protocole de Nagoya.
Au vu du parcours des décisions d’interdiction de l’importation du poulet de chair, de saisine de l’OMC et d’interdiction d’exportation de l’iboga, le Gabon et les États-Unis se lancent dans un processus stratégique de blocage réciproque. Et pour cause, on peut légitimement se poser la question de savoir pourquoi ce n’est que maintenant que les deux pays font blocage sur des initiatives dont les racines de la volonté remontent à plusieurs mois en arrière.
En vérité, le fait que le Gabon veuille développer son segment poulet de chair n’égratigne pas Trump. Si c’était le cas, connaissant les velléités de l’homme, il se serait prononcé contre dès le lendemain de la décision du Gabon. Or, il a fallu attendre un an avant que ce dernier s’insurge contre cette volonté. Le timing est trop parfait pour comprendre que le problème est ailleurs.
En signant un décret pour accélérer la recherche médicale et l’examen par la FDA sur l’ibogaïne, Trump a affiché sa volonté de faire de l’iboga un centre d’intérêt américain. Cette possibilité semble être compromise par le protectionnisme affiché par Libreville sur cette plante. La saisine par les États-Unis de l’OMC n’est qu’un recours stratégique pour contrecarrer les plans de Libreville. Reste donc à savoir comment Oligui et ses collaborateurs vont contourner les plans américains dans un monde où les États-Unis n’écoute personne.
Michael Moukouangui Moukala






