Réunis autour de l’atelier sur « La souveraineté alimentaire dans le bassin du Congo à travers l’agriculture paysanne », le Gabon, la République centrafricaine (RCA) et le Tchad ont appelé, hier, samedi 8 août 2026, à Cotonou, au Bénin, lors du Forum social mondial (FSM), les dirigeants du bassin du Congo à valoriser et à sécuriser les semences paysannes.
L’atelier était une session d’échange théorique et pratique axée sur les potentialités du bassin du Congo, les freins au développement agricole, la valorisation des semences paysannes, la préservation et la valorisation des sols, le conflit homme-faune (CHF), y compris la question du foncier, qui constitue un nœud gordien dans de nombreux pays de la région. Il a enregistré la participation de l’ensemble des pays de la Convergence globale des luttes pour la terre, l’eau, les semences et la forêt en Afrique centrale (CGLTE-AC), notamment le Cameroun, le Gabon, le Congo, la RCA et le Tchad.

Du portrait dressé par Christiane Nsa Mbegha (Gabon), Jhélida Ghimaelle Ngolo (Gabon), Brice Dikissi (RCA), Divine Charlaine Danzi (RCA) et Prisca Nuella Mofini (RCA), il ressort que l’agriculture, notamment paysanne, souffre de nombreux maux dans le bassin du Congo. Des pays comme le Gabon, la RCA ou encore le Congo en sont particulièrement tributaires, du fait de facteurs tels que la pression environnementale et climatique, le manque de moyens techniques et financiers, le manque d’intrants agricoles, l’enclavement des zones agricoles, la prolifération des semences génétiquement modifiées et de l’agriculture industrielle, ainsi que le problème de l’accaparement des terres. Le Gabon, par exemple, importe environ 80 % des produits alimentaires consommés par sa population. Au sein de la région, seul le Cameroun fait figure d’exception sur ce volet.
« En République centrafricaine, comme c’est le cas dans beaucoup de pays du bassin du Congo, nous avons tous quasiment les mêmes problèmes. Par exemple, s’agissant de la question des semences paysannes, ce patrimoine connaît ces derniers temps de grandes difficultés. Grâce à ce panel, des pistes de solutions ont été évoquées », a déclaré Brice Dikissi, président du Conseil d’administration de la Coopérative centrafricaine d’épargne, de crédit et de transformation agricole (CECTA-RCA).
La valorisation des semences paysannes comme rempart
Durant l’atelier, les panélistes ont été formels sur le fait que, dans de nombreux pays du bassin du Congo, les semences paysannes sont très peu connues, sous-exploitées et donc sous-valorisées. Elles sont en compétition continue avec les semences génétiquement modifiées. Si de façon globale, à l’échelle du continent africain, 70 à 80 % des semences utilisées proviennent des systèmes semenciers paysans, les techniques de conservation et de valorisation de ces semences reposent encore sur des formats archaïques, basés sur la sélection individuelle du paysan et la conservation de la semence d’une saison à une autre.

Dans le bassin du Congo, la réalité n’est pas si différente. Pour l’ensemble des participants à l’atelier, il est urgent de faire évoluer ces pratiques en songeant à des modèles de conservation qui permettent de pérenniser les semences afin de lutter contre les semences hybrides qui, selon Christiane Nsa Mbegha, sont sources de maladies.
« Pour sécuriser les semences paysannes, il est essentiel que les pays du bassin du Congo travaillent en synergie. Parce que, parmi ces pays, il y en a qui sont très avancés dans le domaine. L’exemple du Cameroun est à féliciter. Il faut que les pays frontaliers au Cameroun n’aient pas honte de demander de l’aide à ce pays pour se faire accompagner dans la production, la conservation et la valorisation des semences paysannes », a déclaré la secrétaire générale du Réseau Femme Lève-toi (ReFlet) et point focal Gabon pour la Convergence globale des luttes pour la terre, l’eau, les semences et la forêt en Afrique centrale (CGLTE-AC).
Sécuriser le foncier
Cette lutte pour la sécurisation des semences paysannes, qui prend ses marques à Cotonou, au Bénin, ne peut se faire sans la disponibilité et la sécurisation du foncier, car il n’existe pas de semences sans terre et vice versa. Or, si les peuples autochtones et les communautés locales possèdent 80 % des droits coutumiers sur les terres en Afrique, ils ne jouissent qu’à hauteur de 3 % de ces droits. C’est dire les défis qui accablent les communautés lorsqu’il s’agit d’accéder à la terre pour pratiquer l’agriculture paysanne. À ce défi s’ajoute la question de l’accaparement des terres, qui fait notamment écho au Cameroun et au Gabon, où l’industrie agro-industrielle fait le lit des inégalités sociales et communautaires.

Pour Jeremy Mapangou, juriste à l’ONG Muyissi Environnement, ce problème ne peut trouver de solution que dans la codification des droits coutumiers. « La reconnaissance et la sécurisation des droits fonciers coutumiers passent par la codification de la coutume », ajoutant que si, aujourd’hui, on veut mettre fin à cette toute-puissance de l’État sur l’accaparement des terres qu’il met à la disposition des multinationales, il faut que l’État inscrive, dans sa loi, les droits fonciers coutumiers.
Secrétaire exécutif de l’ONG Muyissi Environnement, Ladislas Ndembet de son coté, estime que cette situation est exacerbée par l’indisponibilité des plans d’affectation nationale des terres. « Aujourd’hui, il y a des communautés qui n’arrivent plus à accéder à leurs zones d’activité, cultuelles, de finage, parce que la concession est devenue privée », s’indigne-t-il, évoquant les dommages écologiques qui en découlent, notamment la pollution de l’eau.
La solidarité, ultime rempart contre les abus
Pour surmonter ces défis, comme cela a été le cas dans de nombreux panels durant le Forum social mondial, les panélistes ont proposé de promouvoir véritablement la solidarité. « Nous avons un combat à mener. Nous ne devons pas croiser les bras et attendre que l’État décide. Cela ne viendra pas tout seul. Nous devons être solidaires pour que l’État comprenne que le droit coutumier est un droit que l’on peut légaliser et qui est nécessaire pour ces communautés », a ajouté Ladislas Ndembet.

Cet écho, basé sur la « solidarité » comme ultime rempart face à la variabilité des situations et des combats communautaires, rejoint la posture exprimée tout au long de ce forum par des leaders communautaires comme Massa Kone, porte-parole et coordinateur de la Convergence globale des luttes pour la terre, l’eau, les semences et la forêt.
Le FSM a donné le ton sur la façon de mener les luttes ! Reste désormais aux organisations, prises dans leur singularité régionale et territoriale, de faire leurs les pistes de solutions qui ont été proposées. Les pays du bassin du Congo gagneraient particulièrement à suivre les voies proposées pour raffermir leur combat et faire entendre leur voix sur des questions intemporelles telles que celle de la souveraineté alimentaire sous le prisme de l’agriculture paysanne.
Michael Moukouangui Moukala






