Malgré ses ressources en eau et son potentiel aquacole, le Gabon importe chaque année près de 25 000 tonnes de poisson pour répondre à la demande nationale. Un paradoxe qui pose la question de la capacité du pays à développer une véritable production locale.
Au Gabon, la consommation de poisson atteint environ 35 kg par habitant. Pour satisfaire cette demande, près de 25 000 tonnes sont importées chaque année, selon le Rapport annuel 2025 des Nations Unies. Dans le même temps, le pays compte 423 exploitants actifs dans le secteur, mais la filière reste confrontée à plusieurs difficultés.
Le premier défi est celui du renouvellement des acteurs. Seulement 22,7 % des exploitants ont moins de 35 ans, signe d’une filière encore peu attractive pour la jeunesse. À cela, s’ajoute l’accès limité à des intrants de qualité, notamment les aliments et les alevins, qui freinent l’augmentation de la production.
Pourtant, le potentiel existe. En 2025, 138 acteurs de la filière aquacole dans l’Estuaire, le Haut-Ogooué et le Woleu-Ntem ont bénéficié d’un accompagnement destiné à améliorer leur productivité et leur rentabilité. L’objectif était notamment de renforcer l’offre locale de poisson et de créer des opportunités économiques pour les jeunes et les femmes.
L’exemple d’Alvina Doris Ntsame Akono illustre cette possibilité. Accompagnée par la FAO, la piscicultrice dispose aujourd’hui de 9 étangs, 2 écloseries et 7 bacs hors sol. En 2025, elle a produit et vendu 300 kg de clarias et 60 kg de tilapia nilotica. Une activité qui lui permet notamment de financer les dépenses de santé et de scolarité de ses enfants.
Mais quelques exploitations performantes ne suffiront pas à réduire une dépendance de 25 000 tonnes. Le défi est désormais de faire passer la pisciculture d’une activité encore dispersée à une véritable filière capable de produire davantage, régulièrement et à des prix compétitifs.
La question est donc moins de savoir si le Gabon peut produire du poisson que de savoir ce qui empêche encore sa filière aquacole de changer d’échelle : disponibilité des alevins et des aliments, financement, équipements, formation, accès au marché et renouvellement des producteurs.
Pour un pays qui ambitionne de renforcer sa souveraineté alimentaire, les 25 000 tonnes importées chaque année constituent autant un constat de dépendance qu’une opportunité de production, d’emplois et de développement de l’économie bleue.
Wilfried Mba N






