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Forum Social Mondial (FSM) : « nous rentrons au Gabon avec la volonté de former une coalition sur les questions de la terre, de l’eau et des semences paysannes », Christiane Nsa Mbegha

11 août 2026
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Forum Social Mondial (FSM) : « nous rentrons au Gabon avec la volonté de former une coalition sur les questions de la terre, de l’eau et des semences paysannes », Christiane Nsa Mbegha
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Deux semaines après la participation du Gabon au Forum Social Mondial (FSM, Cotonou 2026), lequel a contraint treize ONGs gabonaise à faire l’expérience de la Caravane terrestre en partance du Gabon pour le Cameroun, le Nigéria avant de fouler le sol béninois, Christiane Nsa Mbegha, Secrétaire générale du Réseau Femme Lève-toi (ReFlet) et Point-focal Gabon pour la Convergence globale des luttes pour la terre, l’eau, les semences et la forêt en Afrique centrale (CGLTE-AC) fait le bilan. Pour cette dernière, si la délégation gabonaise sort de cette expérience avec plusieurs acquis, la volonté de concrétiser ces acquis est au cœur des enjeux et défis d’avenir. Interview !

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La Lettre Verte (LLV) : Nous sommes le 10 août 2026. Cela fait deux semaines que des Gabonais se sont déplacés du Gabon pour Cotonou, au Bénin après avoir traversé le Cameroun et le Nigéria, dans le cadre d’une Caravane terrestre en prélude au Forum Social Mondial. Aujourd’hui, après la clôture du forum, quel bilan peut-on dresser de la participation du Gabon à ce forum ?

Christiane Nsa Mbegha : permettez-moi de vous remercier pour l’opportunité que vous nous offrez de parler de la participation du Gabon au Forum Social Mondial. S’agissant du bilan, je dirais, en ce qui concerne ce Forum Social Mondial de Cotonou 2026, nous avons plus ou moins acquis le renforcement de la position de notre pays sur la scène internationale. Le Gabon figure désormais au sein des réseaux mondiaux de défense des biens communs que sont la terre, l’eau et les semences paysannes.

Nous avons également acquis un meilleur alignement des revendications locales dans le cadre international. Cela nous a d’ailleurs permis de faire connaître le rôle des paysans, qui est souvent méconnu, voire inconnu du grand public.

Nous pouvons également parler de la capitalisation sur des modèles de gestion communautaire qui pourraient être reproduits dans notre contexte national. Et, pour terminer, il faut vraiment parler de la consolidation des partenariats stratégiques avec d’autres organisations de la société civile, afin de mener des plaidoyers conjoints.

Donc, je crois que oui, nous avons eu des acquis lors du Forum Social Mondial. Nous sortons de ce forum avec ces différentes réussites et opportunités.

La Lettre Verte : On se doute souvent que, lorsqu’on termine ce type d’événement et que chacun rentre chez soi, dans son pays, on a tendance à mettre ces acquis aux oubliettes et y penser lorsque survient un autre événement similaire. Comment la section Gabon de la Convergence globale des luttes pour la terre, l’eau, les semences et la forêt en Afrique centrale (CGLTE-AC) compte capitaliser ces acquis et les mettre en œuvre au Gabon, une fois de retour sur le territoire national ?

Christiane Nsa Mbegha : Près de treize (13) ONGs gabonaises étaient représentées au sein de cette coalition Afrique centrale. Ces ONGs gabonaises ont eu des réunions en marge du Forum Social Mondial, qui ont abouti à un engagement ferme de rester soudées autour des questions liées au bassin du Congo, notamment les peuples autochtones, la souveraineté alimentaire et les semences paysannes. Donc, nous rentrons au Gabon avec l’engagement de véritablement former cette coalition autour de ces thématiques.

Nous serons ensemble, nous partagerons les expériences du Forum Social Mondial au Gabon et nous les reproduirons à notre manière.

La Lettre Verte : la participation à un tel événement à coût financier, matériel et, dira-t-on, humain. Comment la délégation gabonaise a fait pour supporter les charges y afférentes. Avez-vous été soutenue par les autorités ?

Christiane Nsa Mbegha : Le Forum Social Mondial est organisé par le groupe ouest-africain appelé Convergence Globale des luttes pour la terre, l’eau et les semences paysannes. C’est une convergence qui existe depuis dix ans. Le flambeau a été passé à l’Afrique centrale au mois de mars 2026. Vous conviendrez avec moi que c’est une dynamique qui est encore récente pour l’Afrique centrale. Il fallait déjà que les six pays de l’Afrique centrale que sont le Cameroun, le Gabon, les deux Congo, le Tchad, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale puissent s’asseoir ensemble et commencer à penser l’Afrique centrale.

Lorsque le Gabon intègre la création de la convergence Afrique centrale au mois de mars, le premier défi est de réunir les ONGs gabonaises autour des questions de la terre, de l’eau et des semences paysannes — et ensuite, d’aller vers les partenaires notamment étatiques pour solliciter leur aide, afin que le Gabon puisse réellement participer à ce forum. Tout était tellement rapide. Nous avons adressé des courriers à plus de dix ministères. Nous n’avons pas obtenu de réponse et nous pensons que c’est certainement à cause des délais.

Ce sont des courriers que nous avons déposés au mois de juillet, alors que le Forum Social Mondial devait avoir lieu au mois d’août. Cela a été assez compliqué mais cette expérience fait partie des leçons apprises lors de ce forum.

Partant de cette expérience, les treize (13) ONGs que nous sommes, de retour au Gabon, nous allons travailler pour mieux faire connaître le mouvement de la Convergence Afrique centrale auprès de nos dirigeants, de sorte que, lorsque nous aurons à nouveau un événement de cette envergure — qui pourrait même se tenir au Gabon, pourquoi pas — nous puissions bénéficier d’un meilleur accompagnement.

Le Bénin est le premier pays de l’Afrique à accueillir cet événement. Le Forum Social Mondial a toujours eu lieu dans des pays comme le Brésil, le Mexique ou encore l’Inde. C’est donc une première dans cette partie du monde. Après le Bénin, pourquoi pas le Gabon ?

Nous avons réellement pris l’engagement de faire connaître le mouvement de la Convergence Afrique centrale au niveau national grâce à l’implication de tous.

La Lettre Verte : Nous avons terminé le forum hier et nous nous apprêtons à rentrer au Gabon, tandis que les autres délégations regagnent également leurs pays respectifs. Quel est votre mot de fin à l’issue de ces deux semaines passées hors du Gabon ?

Christiane Nsa Mbegha : Mon mot de fin serait que les organisations de la société civile gabonaise ont longtemps milité pour des causes qui ne sont pas moins importantes. On est beaucoup dans le leadership féminin, les droits des femmes, des enfants et des jeunes, ce qui est très louable. Mais la cause paysanne est une cause qui n’est pas beaucoup abordée chez nous au Gabon.

Jusqu’à la tenue de ce forum, je ne réalisais pas que lorsqu’on parle de sécurité et de souveraineté alimentaire, la solution passe aussi par l’agriculture paysanne et l’implication des communautés. Mais quelle est la condition du paysan chez nous ? Il faut donc que les organisations de la société civile du Gabon puissent également mettre beaucoup d’énergie dans la défense de la cause paysanne et réfléchir davantage à la sécurité alimentaire dans le bassin du Congo. Car, il n’est pas normal que nous ayons ce potentiel, connu du monde entier, et que, lorsque l’on parle de nos pays, ce soit toujours les mêmes images qui reviennent : malnutrition, pauvreté, faim.

Le Gabon est un bel exemple de la fragilité de l’agriculture paysanne, par le fait que nous importons une très grande partie de nos produits alimentaires. Il faut donc qu’on s’asseye et qu’on travaille là-dessus.

Propos recueillis par Michael Moukouangui Moukala

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