Après la question financière et sa grille d’affectation, le deal entre l’État gabonais et la République fédérale d’Allemagne, à travers l’AGADEV et SEFE, soulève une autre interrogation, tout aussi importante : celle des forêts qui seront engagées dans la transaction.
Le 3 novembre 2026, l’État gabonais annonçait en grande pompe, à Londres, en Angleterre, la mise en vente de 6 millions de tonnes de crédits carbone souverains auprès de SEFE, une société internationale du secteur de l’énergie de droit allemand. Si cette annonce a suscité l’enthousiasme des décideurs politiques, des experts et des acteurs de la société civile, elle a également mis en évidence plusieurs inconnues. Parmi elles : le coût de la transaction, mais aussi la question de l’hypothèque territoriale liée au deal.
En termes simples, à ce jour, personne ne connaît réellement la partie du territoire qui a été ou sera engagée dans le cadre de ce processus. Or, quelle que soit sa nature, cette transaction met en jeu une partie du territoire national, puisqu’il s’agit de crédits dits juridictionnels. « Même dans le cas d’un gré à gré, le mécanisme CORSIA a ses exigences qui, parfois, heurtent les réalités locales », soutenait Léandre Ebobola Tsibah, expert des questions environnementales, dans un commentaire faisant suite à notre article sur la question du coût.
« Même si l’État demeure propriétaire de ses forêts, il ne pourra plus en disposer comme bon lui semble pendant quelques années. Il faut donc cartographier la ou les parties du territoire gagées », ajoute l’expert. Cette exigence est nécessaire à plus d’un titre. D’abord pour les communautés. Ensuite pour l’aménagement du territoire et, enfin, pour le suivi citoyen en cas d’échec de la gestion du dossier par l’État. Sans cela, l’accord avec SEFE risque d’alimenter des tensions inutiles.
Signataire de nombreuses conventions internationales, notamment dans le domaine de la conservation, le Gabon doit veiller à ce que cette répartition ne compromette pas ses engagements internationaux ni les activités de conservation associées à ces conventions.
Le deal entre l’AGADEV et SEFE constitue une belle opportunité qui concrétise la valorisation marchande des crédits carbone au Gabon, après plusieurs années de processus de certification. Si cet accord ouvre de nouvelles perspectives pour cet actif climatique gabonais, il doit être le plus transparent possible pour être accepté et atteindre ses objectifs.
Séraphin Lame






