Au Gabon, le ministère des Mines a annoncé la suspension de la recherche et de l’exploitation des activités des petites mines d’or sur l’ensemble du territoire national. Une décision qui fait suite à l’arrestation à Etéké, de 55 trafiquants d’or, mais dont la fermeté questionne, alors qu’en 2018, elle avait déjà fait l’objet d’un sursaut de la part du gouvernement.
Les petits exploitants n’auront plus, dans les mois qui suivront, le droit de pratiquer l’exploitation de l’or. Le gouvernement, via le ministère des Mines vient d’afficher sa fermeté face au désordre existant dans ce secteur. Problème, ce qui se présente aujourd’hui comme une décision courageuse n’est, à y regarder de près, que le remake d’un scénario connu, celui d’une gouvernance des ressources naturelles qui réagit uniquement face aux scandales sans jamais s’attaquer aux causes structurelles du problème.
L’or gabonais, otage d’un cycle sans fin
Le schéma est désormais bien connu : une arrestation retentissante, annonce ministérielle, puis le silence, jusqu’au prochain épisode. Ce cycle traduit une réalité profondément inquiétante pour les ressources naturelles nationales, alors que les forêts gabonaises sont envahies de trafiquants.
L’exploitation artisanale incontrôlée et l’orpaillage clandestin, notamment dans les zones forestières du pays, laissent derrière eux des rivières mercurisées, des berges éventrées et des massifs forestiers saignés à blanc. Suspendre les permis sur le papier ne nettoie pas une rivière polluée au mercure, ni ne replante une forêt défrichée pour atteindre le filon.
Une forêt sans gardiens
Le véritable problème est celui de l’absence de présence effective de l’État dans les zones d’exploitation sensibles. Les frontières poreuses du Gabon, avec le Cameroun, le Congo, la Guinée équatoriale, sont autant de voies d’entrée des orpailleurs étrangers qui exploitent l’or gabonais en toute impunité. Les forces de défense et de sécurité, pourtant indispensables à toute stratégie sérieuse de protection des ressources naturelles, manquent cruellement de moyens logistiques pour être déployées dans ces zones reculées. Cet écho à longtemps été mis en avant par l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) qui chaque mois, patrouille le territoire nationale. Mais sans suite ! Résultat : la forêt gabonaise, l’une des plus denses et des plus riches en biodiversité d’Afrique centrale, est livrée à elle-même.
Le défi de la synergie interministérielle
Sécuriser les ressources naturelles ne relève pas d’un seul ministère. C’est un chantier qui exige une coordination opérationnelle étroite entre le ministère des Mines, le ministère des Eaux et Forêts et celui de la Défense. Or, cette synergie n’existe pas, ou du moins pas de manière suffisamment structurée pour produire des effets concrets sur le terrain. Les ordonnances et décrets ne valent que si des bras armés, des rangers forestiers et des inspecteurs miniers équipés les font respecter au quotidien, dans des zones où la loi de la jungle (au sens littéral) prend le pas sur la loi de la République.
Ce que la suspension ne dit pas
Une suspension administrative dit ce qu’elle interdit, jamais ce qu’elle déploie. Elle n’alloue pas de budget supplémentaire aux forces armées pour patrouiller les zones aurifères. Elle ne renforce pas les effectifs de l’administration des Eaux et Forêts pour surveiller les massifs forestiers classés. Elle ne crée pas non plus de mécanisme de traçabilité de l’or artisanal, outil pourtant essentiel pour distinguer la production légale de l’extraction frauduleuse. En l’absence de ces mesures concrètes, la suspension ressemble davantage à une posture communicationnelle qu’à une politique de gestion durable des ressources.
Vers une vraie doctrine de souveraineté sur les ressources
Le Gabon dispose d’un potentiel minier considérable, mais aussi d’une responsabilité environnementale que le monde entier lui reconnaît qui se traduit par la préservation ses forêts tropicales, poumons de la planète. Ces deux réalités ne sont conciliables qu’à travers une présence effective de l’État dans les zones sensibles, moyens réels alloués aux corps chargés du contrôle, et coopération régionale et internationale pour lutter contre l’orpaillage transfrontalier illégal. Sans cela, la prochaine arrestation d’envergure produira, dans quelques années, une troisième suspension. Et le cycle continuera !
Michael Green





