L’arrivée à maturité de l’accord de pêche avec le Gabon, conclu en juin 2021 pour une durée de cinq, fait trembler la diplomatie européenne. Alors que cet accord constitue un pilier important de la sécurité alimentaire de ses populations, l’Union européenne (UE) veut à tout prix qu’une nouvelle formule, plus flexible et plus bénéfique pour les deux parties, soit trouvée.
BRAVO ! C’est ce qu’il faut dire au Gouvernement gabonais pour avoir, sans complaisance, fragilité ni singularité, déjugé un partenariat qui était plus bénéfique pour les européens que pour les gabonais. Les marques de cet accord ?
En 2021, sous la gouvernance d’Ali Bongo Ondimba, lorsque cet accord était signé pour une valeur de 17 milliards de francs et une maturité de cinq ans, nombreux sont les acteurs au sein de l’opinion publique nationale qui dénonceaint un deal « déséquilibré » notamment pour le Gabon.
L’Accord promettait monts et merveilles au Gabon, notamment dans les domaines du développement local, l’emploi notamment des jeunes, le renforcement des capacités, en contrepartie de la pêche, dans les eaux gabonais, d’une spécificité de poisson, le thon, très apprécié par les populations européennes. En juin dernier, il y a un an jour pour jour, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema remettait en cause cet accord en raison de la faiblesse de ses retombées pour le Gabon.
En effet, au sein du cercle de la gouvernance gabonaise, apprend-on, a également été dénoncé, « la faiblesse des investissements consentis par les partenaires au titre du développement local, (…)ainsi que les risques accrus de surexploitation des ressources halieutiques, en l’absence de mécanismes partagés de transparence et de suivi scientifique ».
Pour le président de la République, les recettes issues de cet accord ne compensent ni la valeur réelle des captures, ni les coûts assumés par l’État en matière de surveillance et de contrôle, ni les pertes de valeur ajoutée dues à l’absence de transformation locale. Le constat est posé, tout comme la messe qui est dite sur un accord dont les contours de validation échappent largement à la compréhension de la gouvernance nationale actuelle.
Pour l’Union européenne, pas question cependant de renoncer. A deux jours de l’arrivée à maturité de cet accord très critiqué, la diplomatie européenne reconnaît à demi-mots, les insuffisances de ce partenariat et se dit prête à renégocier ses clauses. « L’Union européenne est disposée à aborder les préoccupations exprimées ces derniers mois de façon constructive et transparente », a laissé entendre l’UE dans un post publié sur ses plateformes sociales, notamment Facebook. Cette posture est à elle seule révélatrice d’une position assumée des faiblesses qui ont, durant cinq ans, entouré l’implémentation de cet accord au Gabon. L’UE veut négocier ! « L’Union européenne se tient prête à négocier, en parallèle, un nouvel Accord de Partenariat de Pêche Durable, de nouvelle génération, ainsi qu’un nouveau Protocole d’application, mutuellement bénéfique », la formule est assez claire pour comprendre.
Cette posture est cependant à l’opposé des détails apportés en juin 2025 par la délégation l’Union européenne https://www.eeas.europa.eu/delegations/gabon/questions-r%C3%A9ponses-relatives-%C3%A0-l%E2%80%99accord-de-partenariat-de-p%C3%AAche-app-entre-l%E2%80%99ue-et-le-gabon_fr. Dans laquelle, clairement, elle refusait implicitement de reconnaitre les faiblesses liés à l’accord.
Par ailleurs, l’insistance de l’UE à renégocier cet accord en dit long sur l’importance des ressources halieutiques prélevées au Gabon pour les pays européens. De 2021 à 2024, en moyenne de 50 000 tonnes de thon ont été pêchés par les navires de l’UE dans les eaux gabonaises, si l’on s’en tient au quota de pêche annuel évalué de 10.000 tonnes.
Le thon est le poisson le plus consommé dans l’Union européenne. Les besoins européens en conserves de thon avoisinent les 550 000 tonnes par an. Pour y répondre, l’UE produit environ 350 000 tonnes localement, et importe près de 70% de son approvisionnement depuis des pays tiers. Les thons prélevés au Gabon représentent, si l’on s’en tient également aux chiffres plus hauts, 5% de la valeur annuelle européenne de consommation contre 25% sur la durée de l’accord. Cette proportion n’est pas négligeable !
Michael Moukouangui Moukala






