À Libreville, les douanes et plusieurs administrations nationales sont réunies pendant cinq jours pour mieux détecter les trafics de bois et d’espèces sauvages, identifier les réseaux impliqués et améliorer les poursuites judiciaires. Un travail qui dépasse largement le contrôle des cargaisons.
Les contrôles aux frontières ne suffisent pas toujours à enrayer le phénomène du trafic des ressources naturelles. Derrière une cargaison de bois ou le transport illégal d’espèces sauvages peuvent se trouver des faux documents, des circuits commerciaux opaques et des réseaux organisés. C’est à ces entourloupes que les autorités gabonaises entendent s’attaquer, à travers un atelier national ouvert le 19 octobre à Oloumi, dans le 5e arrondissement de la commune de Libreville.
Organisée par la Direction générale des Douanes et des Droits indirects (DGDDI), avec l’appui de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), cette formation réunit 30 participants issus des administrations nationales. Elle se déroule sur cinq jours dans le cadre du programme Guard Wildlife, financé par l’Union européenne (UE).
À l’ouverture des travaux, le ministre des Eaux et Forêts, chargé du Conflit homme-faune, Maurice Ntossui Allogho, a souligné l’importance de cette initiative. L’enjeu est selon lui, de donner aux agents les moyens de mieux repérer les infractions, de conduire les enquêtes et de préparer des dossiers susceptibles d’aboutir devant la justice.
Du contrôle des cargaisons aux enquêtes financières
Dans les faits, la lutte contre le trafic de bois ne consiste pas uniquement à vérifier ce qui se trouve dans un conteneur. Les agents doivent aussi pouvoir repérer un permis falsifié, identifier les essences transportées et confronter les documents présentés à la réalité de la marchandise. Une cargaison suspecte peut être le point de départ d’une enquête plus large, à condition de disposer des compétences et des moyens nécessaires pour poursuivre les investigations.
Les travaux d’Oloumi portent notamment sur la détection des faux permis, l’identification des essences de bois, l’inspection des cargaisons et le suivi des flux financiers illicites. Des exercices pratiques sont également prévus au port d’Owendo, où les participants pourront mettre leurs connaissances à l’épreuve des opérations de contrôle.
Le volet financier compte parmi les dimensions importantes de cette formation. Saisir une cargaison permet d’interrompre une opération, mais ne suffit pas nécessairement à identifier ceux qui l’ont organisée ou financée. Remonter les circuits de paiement, rechercher les bénéficiaires et établir les responsabilités constituent d’autres étapes de la lutte contre ces réseaux.
Le traitement judiciaire des affaires est tout aussi déterminant. Des infractions peuvent être constatées sans que les investigations permettent ensuite de remonter jusqu’aux organisateurs. La qualité des preuves recueillies et des procédures transmises aux magistrats pèse donc dans la capacité des autorités à engager des poursuites.
Une menace qui dépasse la biodiversité
Le trafic de bois et d’espèces sauvages représente une menace pour les écosystèmes gabonais. Il peut aussi priver l’État de recettes et alimenter des activités criminelles organisées. La question est donc à la fois environnementale, économique et judiciaire.
Pour un pays dont les forêts et la faune constituent une part importante du patrimoine naturel, la capacité à contrôler l’exploitation et la circulation des ressources est un enjeu majeur. Mais l’existence de dispositifs de contrôle ne garantit pas, à elle seule, que les filières illégales soient démantelées. Encore faut-il que les administrations puissent échanger leurs informations, coordonner leurs interventions et assurer le suivi des dossiers.
C’est précisément sur cette coopération que mise l’atelier. Douaniers, agents des services forestiers, enquêteurs et autorités judiciaires sont appelés à mieux articuler leurs actions. L’Union européenne, représentée à la cérémonie d’ouverture par son chef de délégation adjoint au Gabon soutient cette démarche.
Des initiatives à traduire sur le terrain
La rencontre s’inscrit dans une série d’initiatives engagées au Gabon. En avril 2026, un accord de coopération avec l’ONUDC a notamment accompagné la mise en place d’une unité de contrôle portuaire spécialisée dans la lutte contre les trafics illicites, dont celui des bois précieux.
L’ONUDC avait également organisé des formations consacrées à la perturbation des flux financiers illicites et à la confiscation des produits du crime. Des représentants des douanes, de la magistrature, de la police et de la gendarmerie y avaient pris part.
Ces actions visent à renforcer la réponse des autorités face à des infractions qui ne s’arrêtent pas au lieu où elles sont découvertes. Un contrôle portuaire peut révéler une irrégularité, mais l’enquête doit ensuite permettre d’en déterminer l’origine, d’identifier les personnes impliquées et, lorsque les éléments le justifient, de poursuivre les responsables.
À l’issue des cinq jours de formation, la question sera donc celle de la mise en pratique. C’est aussi à cette aune que se mesurera le renforcement annoncé de la protection des ressources naturelles du Gabon.
Wilfried Mba N






