Le Gabon lance des projets environnementaux et agricoles avec une régularité presque métronomique. Chaque nouveau gouvernement, chaque nouveau chef d’État, arrive avec sa grande initiative estampillée verte, durable, agricole ou souveraine. Le 27 mars 2026, c’est « Gabon Infini », 200 millions de dollars, des partenaires prestigieux, des hectares à sanctuariser. Mais avant de se laisser emporter par l’enthousiasme, une question s’impose : que sont devenus tous les projets précédents ? Et surtout, qui a eu la charge de les suivre ?
Sur le front strictement environnemental, la trajectoire n’est guère rassurante. En 2022, le Gabon annonçait en grande fanfare vouloir valoriser ses 187 millions de crédits carbone et en vendre 90 millions sur le marché international avant la COP27, espérant en tirer quelque 291 millions de dollars. Une ambition présentée comme historique.
Le Gabon devenait d’ailleurs le premier pays africain à monétiser la séquestration de carbone de ses forêts. Sauf que la Rainforest Foundation UK a rapidement jeté un pavé dans la mare : son analyse a révélé que les 90 millions de crédits carbone émis par le Gabon étaient probablement sans valeur réelle, ne représentant aucune réduction effective des émissions de carbone. Plus embarrassant encore, sans les ajustements arbitraires appliqués aux données, les forêts gabonaises auraient en réalité émis 16,5 millions de tonnes supplémentaires de carbone sur la même période. Cette controverse n’a jamais été pleinement tranchée ni publiquement assumée par Libreville.
Un marché carbone mondial volatil
La fragilité de la stratégie gabonaise est encore aggravée par l’état du marché sur lequel elle veut se faire valoir. La valeur du marché des crédits carbone volontaires est passée de 2,1 milliards de dollars en 2021 à environ 550 millions en 2024, soit une chute de plus de 70%. En 2023, une enquête du Guardian a montré que plus de 90% des crédits forestiers certifiés par Verra, leader mondial en matière de crédit carbone, n’auraient pas généré de réductions réelles d’émissions.
Dans ce contexte, les 200 millions de dollars de « Gabon Infini » semblent parier sur un marché en crise profonde sans que le mécanisme ne prévoie de plan B crédible. La même question revient, lancinante : qui mesurera, de manière indépendante et contraignante, si les engagements sont tenus ou non ?
« Gabon Infini », le projet de trop ?
La forêt gabonaise est réelle. Les 88 % de couverture forestière sont réels. La capacité du pays à absorber plus de carbone qu’il n’en émet est aussi réelle. Ce capital naturel mérite d’être protégé et valorisé. Personne ne le conteste ! Mais depuis des décennies, les projets gabonais axés sur la valorisation des retombées de la conservation de la forêt se succèdent avec des budgets colossaux, sans que des résultats se pointent au rendez-vous.
La vraie question que pose « Gabon Infini » n’est pas environnementale : elle est institutionnelle. Quels indicateurs de suivi ? Quelle autorité indépendante d’évaluation ? Quel mécanisme de redevabilité publique ? Sans réponses à ces questions, la plus belle forêt du monde ne suffira pas à rembourser la dette de crédibilité accumulée par des années de projets sans bilan.
Michael Green






