Cinq mois à peine après sa création, la Société Agropastorale du Gabon (AGROPAG) donne des signes inquiétants d’essoufflement. Salaires impayés depuis deux mois pour une centaine d’employés, budget 2026 jamais présenté au conseil d’administration, cinq réunions de gouvernance en trois mois sans décisions appliquées : le bilan dressé par la presse contredit frontalement le récit d’un « tournant stratégique » porté par le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural. Reste une question que la communication officielle élude soigneusement : au-delà de la crise de gouvernance, que devient le volet environnemental d’un projet censé structurer durablement l’agriculture gabonaise ?
Une gouvernance à l’arrêt, des animaux qui en paient le prix
Le retrait du président du conseil d’administration Raymond Ndong Sima, ancien Premier ministre, a mis en lumière un dysfonctionnement qui dépasse la simple querelle institutionnelle. Selon L’Union, des pertes de bétail sont déjà constatées sur le terrain, conséquence directe de l’absence de validation budgétaire et du flou persistant sur le transfert des actifs hérités de l’ex-SAEG. Quand des élevages entiers dépendent d’une chaîne de décision paralysée, la question n’est plus seulement financière : c’est la gestion concrète des ressources animales et des sites agropastoraux qui se dérobe à tout contrôle.
Souveraineté alimentaire ou fuite en avant agro-industrielle ?
AGROPAG a été présentée comme le levier d’une agriculture « durable et souveraine », combinant hubs régionaux, mécanisation des bassins vivriers et partenariats agro-industriels à grande échelle. Mais peut-on parler de durabilité lorsque la structure censée piloter cette transformation ne parvient pas à faire fonctionner ses propres organes de gouvernance ? Direct Infos Gabon relevait déjà en mai, avant même l’éclatement de la crise, que le budget prévisionnel 2026 ne consacrait qu’une part marginale aux moyens réels de la réforme. L’empilement d’annonces : cinq millions de plants, pôles agricoles à Ndendé et Oyem, partenariats avec Olam Palm Gabon sur la biodiversité, interroge sur la capacité de l’institution à assurer un suivi environnemental sérieux pendant qu’elle peine à honorer ses obligations les plus élémentaires envers son propre personnel.
Pacôme Kossy, otage de ses propres promesses
Le ministre s’est construit une image de réformateur de terrain, multipliant les visites d’exploitations et les annonces de rupture avec les pratiques du passé. Mais AGROPAG porte son nom autant que celui de l’exécutif : c’est lui qui a présenté cette réforme comme un tournant pour la souveraineté alimentaire, lui qui a installé le PCA et le directeur général aujourd’hui en conflit ouvert. Face à un « désormais ex-PCA » qui affirme publiquement que l’entreprise est « en train de mourir », selon Gabonreview, le silence du ministère sur les conséquences environnementales de cette paralysie : pertes animales, absence de bilan sur l’usage des terres, incertitude sur les investissements verts annoncés, devient difficile à justifier.
Le spectre de l’éternel recommencement
Le Gabon a déjà connu ce scénario. La SAEG elle-même n’aura vécu qu’un peu plus d’un an avant de disparaître « sans bilan public, sans évaluation contradictoire », comme le notait Direct Infos Gabon dès mai. AGROPAG risque-t-elle de rejoindre ce cimetière d’acronymes agricoles, aux côtés du Fonds de développement agricole et des plans quinquennaux de l’ère Bongo ? Si l’échec venait à se confirmer, il ne serait pas seulement institutionnel : il interrogerait la crédibilité de toute promesse environnementale adossée à des structures publiques incapables de stabiliser leur propre fonctionnement. La souveraineté alimentaire annoncée par les autorités gabonaises peut-elle réellement se construire sur un outil à l’agonie dès sa première année d’existence ?






