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Interview : « le bilan du Forum Social Mondial est positif » dixit Estelle Akpa N’Kakou

16 août 2026
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Interview : « le bilan du Forum Social Mondial est positif » dixit Estelle Akpa N’Kakou
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En dépit des soubresauts administratifs, logistiques et communicationnels ayant entaché l’organisation de la 17e édition du Forum Social Mondial (FSM) accueilli du 6 au 9 août 2026 par la ville de Cotonou au Bénin, Estelle Akpa N’Kakou, Secrétaire Technique d’organisation du forum, dresse un « bilan positif ». Pour elle, ces dysfonctionnements font partie intégrante des forces et des faiblesses de l’organisation d’un événement similaire. Dans cette interview, elle revient sur les raisons du choix du Bénin comme pays d’accueil du FSM édition 2026, les tracasseries liées à la logistique des délégations étrangères aux frontières béninoises, les critiques négatives de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (CSTB) au comité d’organisation et le bilan à proprement parlé du forum.

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La Lettre Verte (LLV) : Du 4 au 8 août 2026, malgré les contingences administratives et les circonstances particulières qui ont entouré le Forum social mondial de Cotonou, le Bénin a accueilli cet important événement international. Peut-on revenir sur les motivations qui ont conduit au choix de ce pays pour accueillir ce forum ?

Estelle Akpa N’Kakou : Merci pour l’intérêt que vous portez au Secrétariat Technique d’organisation du Forum Social Mondial (FSM) Cotonou 2026. Pour répondre à votre question, le choix du Bénin est d’abord venu des afro-descendants africains qui ont voulu faire le retour sur la terre de leurs ancêtres.

Après, il y a eu la Convergence des luttes pour la terre, l’eau et les semences (CGLTE) qui a porté la candidature de l’Afrique pour l’organisation de ce forum. Cette organisation s’est beaucoup mobilisée pour que le forum puisse avoir lieu dans un pays du continent. Puis, lorsque la décision a été prise de lui confier l’organisation du forum, il a fallu choisir le pays d’accueil. Trois pays avaient été identifiés : le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. De façon unanime, le choix s’est porté sur le Bénin.

Comme je l’ai dit tout à l’heure, plusieurs éléments ont motivé ce choix. D’abord, le soutien des brésiliens qui a beaucoup contribué à permettre au Bénin d’accueillir le forum. Ensuite, il y a eu le fait que notre pays connaît une certaine stabilité politique, sociale et économique. Ces dernières années, le Gouvernement béninois a consenti beaucoup d’efforts pour révéler le Bénin, que ce soit sur le plan culturel, touristique ou encore à travers l’organisation de grandes rencontres sur différentes thématiques. C’est conscient de ces efforts que les partenaires se sont dit qu’organiser le forum au Bénin contribuerait à mieux faire connaître le pays. Voici autant d’éléments qui ont pesé dans le choix du Bénin.

La Lettre Verte (LLV) : Vous avez cité le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Bénin. On constate qu’aucun pays d’Afrique centrale ne figurait parmi les pays retenus pouvant accueillir cet événement, alors que les problématiques liées à la terre, à l’eau, aux forêts et semences sont également prégnantes dans cette partie du continent. N’y a-t-il pas eu là, une forme de discrimination ?

Estelle Akpa N’Kakou : Non, il n’y a pas eu de discrimination ! Je pense qu’il faut replacer les choses dans leur contexte. A l’honneur pour l’organisation du forum, il y avait d’abord eu l’Afrique du Nord, ensuite l’Afrique de l’Ouest. Je pense que prochainement ce sera autour de l’Afrique centrale d’être mis en avant. Je ne pense donc pas qu’il s’agisse d’une question de discrimination.

Il y avait certainement plusieurs critères qui ont orienté le choix de notre pays. N’oublions pas que le Bénin a également accueilli les caravanes de la Convergence, qui organise ces mobilisations. En 2018, le Bénin avait notamment accueilli une caravane. À la suite de cette caravane, beaucoup de choses ont évolué. Par exemple, les autorités ont restitué aux populations, les terres qui leur avaient été expropriées. Comme je l’ai expliqué plus haut, beaucoup d’éléments ont pesé dans le choix du Bénin. Mais je ne pense pas que l’Afrique centrale soit exclue.

L’autre élément important, c’est justement la Convergence. Vous allez souvent entendre parler de la Convergence des luttes pour la terre, l’eau et les semences en Afrique de l’Ouest. Mais la bonne nouvelle que je peux apporter, est que, tout récemment — il y a environ cinq mois —, une convergence a été mise en place au niveau de l’Afrique centrale. Cela a été fait au Cameroun. Nous pensons donc, pourquoi pas, que la prochaine fois, ce sera à l’Afrique centrale d’accueillir le Forum Social Mondial.

La Lettre Verte (LLV) : Le Bénin a été choisi pour les éléments que vous venez de citer. Pourtant, le pays a eu du mal à accueillir les délégations étrangères sur son sol. Comment expliquer cette apparente contradiction ?

Estelle Akpa N’Kakou : Je ne vais peut-être pas l’apprécier de cette manière, parce que nous avons eu la chance de bénéficier de plusieurs audiences avec le gouvernement.

Il faut déjà préciser que, dès le départ, nous avons travaillé avec le gouvernement béninois. Cela fait pratiquement deux ans que nous sommes engagés dans ce processus d’organisation du forum. En 2025, nous avons été reçus par l’ancien ministre de l’Intérieur avec qui nous avons échangé correctement. Il avait compris que le forum représentait un enjeu important pour le Bénin et qu’il fallait véritablement l’organiser ici. Nous avons donc reçu un accord et un avis favorable du gouvernement à nous accompagner.  Toutefois, la condition du Gouvernement était qu’avec tous les efforts consentis pour révéler le Bénin, si nous devons organiser le FSM, il faut que nous soyons réellement prêts. Il faut que l’on sente qu’il y a une synergie d’action, que l’ensemble des acteurs et parties prenantes soient mobilisés et donnent de leur temps et de leur énergie pour la réussite de l’évènement.

Ensuite, vous savez que nous avons connu les élections générales. En l’espace de quelques mois, nous avons changé de maire, de député et même de président de la République. Le nouveau Président a pris ses fonctions en mai dernier, cela fait donc seulement trois mois. Mais là encore, les portes ne se sont pas fermées. Dans la continuité de l’Etat, nous avons poursuivi le travail avec les autorités actuelles. Nous avons finalement rencontré le nouveau ministre de l’Intérieur avec qui nous avons eu de véritables échanges. Soyons honnête, dans l’organisation de toute chose, on rencontre toujours quelques difficultés et nous pensons que cela ne nous a pas véritablement aidés.

Nous avons ensuite reçu une première décision du gouvernement évoquant notamment des contingents de dernière minute. Cela pouvait s’expliquer, car depuis le début, les autorités nous avaient accompagnés. Personne ne nous avait dit : « N’organisez pas ce forum. »

Après cette décision, nous avons eu une autre séance de travail avec le gouvernement pour échanger sur la manière dont nous souhaitions organiser l’événement et sur les différentes organisations réellement impliquées dans le processus. Pendant ce temps, nos frères et sœurs venus de différents pays étaient déjà en route et certains étaient bloqués au niveau des frontières.

A la fin, je pense que le gouvernement a compris la situation, puisque dès que nous avons porté l’information au ministère de l’Intérieur pour signaler que certains de nos frères et sœurs étaient bloqués aux frontières, instructions ont été données pour que ces délégations puissent entrer au Bénin.

La Lettre Verte (LLV) : le 10 août 2026, la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (CSTB) dénonçait dans un communiqué, les problèmes administratifs, logistiques et informationnels ayant affecté le forum. Quelle est votre position par rapport à cette sortie ?

Estelle Akpa N’Kakou : Comme j’ai toujours l’habitude de le dire, quand on n’a jamais organisé quelque chose dans sa vie, il est assez facile de critiquer.

Avant ce forum, je faisais déjà partie d’une organisation et nous organisions des activités un peu partout. Mais cette équipe m’a véritablement permis de découvrir une autre dimension de ce qu’on appelle l’organisation d’un forum de cette ampleur. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut totalement maîtriser, même à mille personnes et soyons honnête, dans toute œuvre humaine, il y a toujours des imperfections et des dysfonctionnements. J’aurais simplement aimé que les organisations qui ont formulé ces critiques se rapprochent de nous, parce que personne n’a été exclu de ce dispositif.

Quand vous regardez la configuration des organes que nous avons mis en place, il y a le niveau international, avec le Conseil international, ainsi que le Comité des facilitateurs, qui est composé de représentants de différents pays.

La Lettre Verte (LLV) : Le forum est derrière nous depuis plusieurs jours. Quelle économie faites-vous de cet évènement ?

Estelle Akpa N’Kakou : Comme je le dis depuis, lorsque vous avez travaillé depuis le début de ce processus jusqu’à aujourd’hui, vous ne pouvez que dire que le bilan est positif. Il est vrai qu’on a l’habitude de dire que le forum a réuni 50 000 ou 100 000 personnes. Mais quand nous analysons la pertinence des activités qui se sont déroulées durant ce forum et que nous comparons avec tout ce qui a été fait au niveau de l’université, on ne peut que se réjouir.

Il est vrai que sur le plan organisationnel, il y a des choses qu’on aurait pu mieux faire si la décision du gouvernement était tombée plus tôt. On aurait effectivement pu améliorer certains aspects. Mais, compte tenu du peu de temps dont nous disposions pour organiser ce que nous avons réalisé, je pense qu’on peut vraiment se réjouir du résultat.

A ce sujet, nous avons déjà eu des retours positifs. Certaines personnes sont venues, parfois sans même rentrer dans les salles, et ont néanmoins apprécié le forum. D’autres n’ont peut-être pas complètement compris ce qu’était le forum. Nous avons expliqué que le forum était un espace de réseautage, de dialogue et de proposition d’alternatives crédibles.

La thématique que nous avons abordée concernait notamment la gestion des ressources naturelles, la cohésion et la paix. Nous avons eu des chefs traditionnels qui ont initié des activités et appelé à la paix. On sait aujourd’hui que certains pays sont confrontés à des difficultés sur le plan sécuritaire. Nous avons eu plusieurs séances consacrées à ces questions.

Sur le plan environnemental, mais aussi concernant la situation des migrants, des personnes ont occupé des espaces pour s’exprimer et formuler des propositions. C’est précisément ce que nous avions prévu.

Je ne sais pas si, lorsque vous n’êtes pas dans l’organisation, vous pouvez mesurer tout ce qui a été préparé. Nous avions prévu la création de ces différents espaces. Nous avons constaté qu’ils ont effectivement été mis en place et que les gens ont pu échanger.

Pour conclure, je pense que nous devons surtout nous concentrer sur ce qui a été formidable, sur ce qui a été positif, afin de capitaliser et de tirer les leçons de cette expérience. Il est important que nos autorités sachent que le Forum Social Mondial est une belle expérience et qu’il aurait été dommage de passer à côté.

Propos recueillis par Michael Moukouangui Moukala

 

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